‹ Morceaux choisis;Chapitre 114 sur 312 · On disait encore le Pétrarque comme [le asse · texte numérisé non relu

On disait encore le Pétrarque comme [le asse

Séparé de Julie sans savoir s’il la reverrait.

ES

enfin de toi-même. On n’y voyait alors ni ces fruits ni ces ombrages, la verdure et les fleurs ne tapissaient point ces. compartiments!, le cours de ces ruisseaux n’én formait point les divisions, ces oiseaux n’y faisaient point entendre leurs ramages ; le vorace épervier, le corbeau funèbre, et l’aigle terrible des Alpes, faisaient seuls retentir de leurs cris ces cavernes?, d'immenses glaces pendaient à tous ces rochers, des festons de neige étaient le seul vrnement de ces arbres: tout respirait ici les rigueurs de l'hiver et l'horreur des frimas ; les feux seuls de mon cœur me rendaient ce lieu supportable et les jours entiers s’y passaient à penser à toi. Voilà la pierre où je m’asseyais pour contempler au loin ton heureux séjour, sur celle-ci fut écrite la lettre qui toucha ton cœurÿ, ces cailloux tranchants me servaient de burin pour graver ton chiffre; ici je passai le torrent glacé pour reprendre une de tes lettres qu'emportait un tourbillonf, là je vins relire et baiser mille fois la dernière que tu m'écrivis ; voilà le bord où d’un œil avide et sombre je mesurais la profondeur de ces abîimes; enfin ce fut ici qu'avant mon triste départ je vins te pleurer mourante et jurer de ne te pas survivre. Fille trop constamment? aimée, à toi pour qui j'étais né, faut-il me retrouver avec toi dans les mêmes lieux, et regretter le temps que j'y passais à gémir de ton absence!...» J’allais continuer; mais Julie, qui, me voyant approcher du bord, s'était effrayée et m’evait saisi la main, la serra sans mot dire en me regardant avec tendresse et relenant avec peine un soupir ; puis tout à coup détournant la vue et me tirant par le bras: « Allonsnous-en, mon ami, me dit-elle d’une voix émue; l'air de ce lieu n’est pas bon pour moif.» Je partis avec elle en gémis-

Page 1