‹ Morceaux choisis;Chapitre 124 sur 312 · Si de là naît un commun état de · texte numérisé non relu

Si de là naît un commun état de

fête, non moins doux à ceux qui des

cendent qu’à ceux qui montent, ne s’ensuit-il pas que tous les états sont presque indifférents par eux-mêmes, pourvu qu’on puisse eb qu'on veuille en sortir quelquefois ? Les gueux sont malheureux parce qu'ils sont toujours gueux ; les rois sont malheureux parce qu’ils sont toujours rois. Les états moyens, dont on sort plus aisément, offrent des plaisirs au-dessus et audessons de soi ; ils étendent aussi les lumières de ceux qui les remplissent en leur donnant plus de préjugés à connaître et plus de degrés à com-

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LA NOUVELLE lHÉLOÏSR 169

grande cheminée où l’on fait bon feul. La pièce est éclairée de trois lampes, auxquelles M. de Wolmar a seulement fait ajouter. des capuchons de fer-blanc pour intercepter la fumée et réfléchir la lumière. Pour prévenir l'envie et les regrets, on lâche de ne rien étaler aux yeux de ces bonnes gens qu'ils ne puissent retrouver chez eux, de ne leur montrer d'autre opulence que le choix du bon dans les choses communes, et un peu plus de largesse dans la distribution. Le souper est servi sur deux longues tables. Le luxe et l'appareil des festins n’y sont pas, mais l'abondance et la joie y sont. Tout le monde se met à table, maîtres, journaliers, domestiques; chacun se lève indifféremment pour servir, sans exclusion, sans préférence, et le service se fait toujours avec grâce et avec plaisir. On boit à discrétion ; la liberté n’a point d’autres bornes que l’honnêteté. La présence de maîtres si respectés contient tout le monde, et n'empêche pas qu’on ne soit à son aise et gai. Que s’il arrive à quelqu'un de s’oublier, on ne trouble point la fête par des réprimandes, mais il est congédié sans rémission dès le lendemain.

Je me prévaux? aussi des plaisirs du pays et de la saison. Je reprends la liberté de vivre à la valaisane et de boire assez souvent du vin pur; mais jen’en bois point qui n'ait été versé de la main d’une des deux cousines. Elles se chargent de mesurer ma soif à mes forces, et de ménager ma raison. Qui sait mieux qu’elles comment il la faut gou-

parer (*). Voilà, ce me semble, la principale raison pourquoi t'est généralement dans les conditions médiocres qu’on trouve les hommes les plus heureux et du meilleur sens (**). (Note de Rousseau.)

(*) C'est-à-dire plus de préjugés dans les classes sociales qui sont au-dessus d’eux et plus de degrés dans la hiérarchie sociale. Les grands, en effet, ne daignent pas regarder au-dessous d'eux et tiennent leurs préfugés pour des vérités et des droits.

(**) On a exagéré l'influence immédiate de Rousseau sur les idées sociales et la fermentation révolutionnaire. Jusqu’en 1789, il parut dangereux pour la religion, non pour l’ordre établi.

Il n’est pas douteux pourtant que, plébéien, resté volontairement plébéien et attaché à la vie

modeste d’un plébéien, il a forte-

ment contribué à faire entrer le.

TiersEtat dans lalittérature. Les moralistes ne s’attachent avant lui qu’à la morale religieuse ou mondaine. Les romanciers ne s'intéressent aux petiles gens, aux classes moyennes, à la vie bourgeoise que pour des effets de pittoresque et de contraste.

Le roman mérite les reproches faits par Rousseau à la tragédie (voir p. 131). Toutes les sympathies des romanciers vont, quand ils ne s'intéressent pas à des aventuriers, aux vies élégantes et aux passions distinguées.

1. La tournure est encore d’usage. On la comparera avec les tournures vieillies expliquées à la RèëcLe : Faire leçon... Voir P. 103, n. 4

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