Se prévaloir = tirer avancage de.(Dict. de Féraud
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verner, et l’art de me l’ôter et de me la rendre! ? Si le travail de la journée, la durée et la gaieté du repas donnent plus de force au vin versé de ces mains chéries, je laisse exhaler mes transports sans contrainte ; ils n’ont plus rien que je doive taire, rien que gêne la présence du sage Wol= mar. Je ne crains point que son œil éclairé lise au fond de mon cœur ; et, quand un tendre souvenir y veut renaître, un regard de Claire lui donne le change, un regard de Julie m'en fait rougir.
Après le souper on veille encore une heure ou deux en teillant du chanvre?: chacun dit sa chanson tour à tour. Quelquefois les vendangeuses chantent en chœur toutes ensemble, ou bien alternativement à voix seule et en refrain. La plupart de ces chansons sont de vieilles romances dont les airs ne sont pas piquants, mais ils ont je ne sais quoi d’antique et de doux qui touche à la longue. Les paroles sont simples, naïves, souvent tristes ; elles plaisent pourtant. Nous ne pouvons nous empêcher, Claire de sourire, Julie de rougir, moi de soupirer, quand nous retrouvons dans ces chansons des tours et des expressions dont nous nous sommes servis autrefois. Alors en jetant les yeux sur elles et me rappelant les temps éloignés, un tressaillement me prend, un poids insupportable me tombe tout à coup sur le cœur et me laisse une impression funeste qui ne s’efface qu'avec peine’. Cependant je trouve à ces veillées une sorte de charme que je ne puis vous ‘expliquer, et qui m'est pourtant fort sensible. Cette réunion des différents états, la simplicité de cette occupation, l’idée
1. Expression un peu précieuse. Le style de Saint-Preux manque parfois de simplicité.
2. « Teiller... rompre les brins de chanvre et séparer les chènevottes [voir page suiv.la note sur chènevotte] de l'écorce, qui doit se filer, et qu’on appelle teille quand elle est séparée des brins ». (Dict. de Féraud).
* 8. Rousseau a pu connaitre ces veillées rustiques pendant son séjour en Savoie. llles étaient d’ailleurs une vieille coutume des paysans français. Pour économiser la lumière coûteuse, on se réunissait souvent dans une salle commune pour travailler et causer ; chacun apportait sa lampe ou sa torche, tour à tour, et l’on teillait le chanvre, cas-
sait les noix, etc. L’habitude subsiste dans certaines provinces (Voir Babeau. La vie rurale dans l’ancienne France). Les veillées rustiques devinrent un thème traditionnel chez tous les poëtes descriptifs (Bernis, Saint- Lambert, Roucher, etc.).
4. Le goût des vieilles romances s'était renouvelé aux environs de 1750, en même temps que celui des fabliaux, contes, chansons, etc.,en vieux langage du 15° ou 16° siècle.
5. Dans toute la 2e moitié de la Nouvelle Héloïse, il y a ainsi, sous la paix champêtre et domestique, le drame caché d’un amour qui se rallume et qui lutte. La vérite psychologique a été plus forte que le paradoxe de la vie à trois.
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de délassement, d'accord, de tranquillité, le sentiment de paix qu’elle porte à l’âme, a quelque chose d’attendrissant qui dispose à trouver ces chansons plus intéressantes. Ce concert des voix de femmes n’est pas non plus sans douceur. Pour moi, je suis convaincu que de toutes les harmonies il n’y en a point d'aussi agréable que le chant à l’unisson, et que s’il nous faut des accords, c’est parce que nous avons le goût dépravé. En effet, toute l’harmonie ne se trouve-t-elle pas dans un son quelconque ? et qu'y pouvons-nous ajouter sans altérer les proportions que la nature a établies dans la force relative des sonsharmonieux ? En doublant les uns et non pas les autres, en ne les renforçant! pas en même rapport, n’tons-nous pas à l’instant ces proportions ? La nature a tout fait le mieux qu’il était possible ; mais nous voulons mieux faire encore, et nous gâtons tout.
Il y a une grande émulation pour ce travail du soir aussi bien que pour celui de la journée ; et la filouterie que j'y voulais employer m’attira hier un petit affront. Comme je ne suis pas des plus adroits à teiller, et que j'ai souvent des distractions, ennuyé d’être toujours noté pour avoir fait le moins d'ouvrage, je tirais doucement avec le pied des cRènevottes? de mes voisins pour grossir mon tas: mais cette impitoyable M°*° d’Orbe, s’en étant aperçue, fit signe à Julie, qui, m’ayant pris sur le fait, me tança sévèrement, « Monsieur le fripon, me dit-elle tout haut, point d’injustice, même en plaisantant; c’est ainsi qu’on s’accoutume à devenir méchant tout de bon ; et, qui pis est, à plaisanter encore»,
Voilà comment se passe la soirée. Quand l'heure de la retraite approche, M°* de Wolmar dit : « Allons tirer le feu d'artifice. » A l'instant chacun prend son paquet de chène-