‹ Morceaux choisis;Chapitre 156 sur 312 · CE EE · texte numérisé non relu

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qu'ils sachent quel est ce bien, et dont on les assure qu'ils tireront du profit étant grands, sans qu'ils prennent maintenant aucun intérêt à ce prétendu profit, qu'ils ne sauraient comprendre.

Que l’enfant ne fasse rien sur parole: rien n’est bien pour lui que ce qu’il sent être tel. En le jetant toujours en avant de ses lumières!, vous croyez user de prévoyance, et vous en manquez. Pour l’armer de quelques vains instruments dont il ne fera peut-être jamais d'usage, vous lui ôtez l'instrument le plus universel de l’homme, qui est le bon sens ; vous l’accoutumez à se laisser toujours conduire, à n'être jamais qu'une machine entre les mains d’autlrui. Vous voulez qu'il soit docile étant petit; c’est vouloir qu'il soit crédule et dupe étant grand. Vous lui dites sans cesse : « Tout ce que je vous demande est pour votre avantage; mais vous n'êtes pas en état de le connaître. Que m'importe à moi que vous fassiez ou non ce que j’exige ? c’est pour vous seul que vous travaillez. » Avec tous ces beaux discours que vous lui tenez maintenant pour le rendre sage, vous préparez le succès de ceux que lui tiendra quelque jour un visionnaire, un souffleur?, un charlatan, un fourbe, ou un fou de toute espèce, pour le prendre à son piège ou pour lui faire adopter sa folie.

Il importe qu'un homme sache bien des choses dont un enfant ne saurait comprendre l'utilité ; mais faut-il et se peut-il qu’un enfant apprenne tout ce qu’il importe à un homme de savoir? Tàchez d’apprendre à l’enfant tout ce qui est utile à son âge, et vous verrez que tout son temps sera plus que rempli. Pourquoi voulez-vous, au préjudice .des études qui lui conviennent aujourd’hui, l'appliquer à celles d’un âge auquel il est si peu sûr qu’il parvienne ? Mais, direz-vous, sera-t-il temps d'apprendre ce qu’on doit savoir quand le moment sera venu d’en faire usage? Je l’ignore : mais ce que je sais, c’est qu’il est impossible de l’apprendre plus tôt; car nos vrais maîtres sont l’expérience et le sentiment3, et jamais l’homme ne sent bien ce qui convient à l’homme que dans les rapports où il s’est trouvéf#,

r. C'est-à-dire: en l'obligeant | ception (synonymes) ». (Dict. de a étudier ce qui dépasse l’intelli- | Féraud). Rousseau entend par gence de son âge. là tout ce qui ne parvient à l’es-

2. « Souffleur… alchimiste qui | prit qu'après avoir frappé les cherche à faire de l’or».(Dict. de | Sens.

Féraud). Les alchimistes étaient 4. Entendons: «dans les situaencore nombreux dans la deu- | ‘tions où il s’est trouvé en rapxième moitié du 18e siècle. ports réels avec les hommes et

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