‹ Morceaux choisis;Chapitre 158 sur 312 · Dans nos dialogues · texte numérisé non relu

Dans nos dialogues

ponse qu'il demande. Mais ilsait du moins en lui-même la raison de sa question, son utilité.

4. RéGLe : Les constructions surchargées de que et de qui étaient

3. En effet Socrate en interrogeant ses auditeurs feignait d’iphares ce qui faisait le sujet de

discussion. Mais il voulait simplement les amener à trouver par eux-mêmes la solution de il possédait déjà. De même mile ignore sans doute la ré-

tres fréquentes au 17e siecle. (Ci.

Crouzer.…. Gr. Fr., $ 406). Le 18e siècle leur substitue presque toujours la phrase courte et incisive. Rousseau reste parfois l'élève du 17° siècle. Voir sur ses Reese tentatives littéraires .

extrait p. 63,

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ne vous y trompez pas, lui faire celte question, c’est lui apprendre à vous la faire à son tour ; et vous devez compter, sur tout ce que vous lui proposerez dans la suite, qu’à votre exemple il ne manquera pas de dire : À quoi cela esl-il bon?

C’est ici peut-être le piège le plus difficile à éviter pour un gouverneur. Si, sur la question de l’enfant,ne cherchant qu'à vous tirer d'affaire, vous lui donnez une seule raison qu’il ne soit pas en état d'entendre, voyant que vous raisonnez sur vos idées et non sur les siennes, il croira ce que vous lui dites bon pour votre âge, et non pour le sien; il ne se fiera plus à vous, et tout est perdu. Mais où est le maître qui veuille bien rester court et convenir de ses torts avec son élève ? Tous se font une loi de ne pas convenir même de ceux qu'ils ont; et moi je m'en ferais une de convenir même de ceux que je n'aurais pas, quand je ne pourrais mettre mes raisons à sa portée : ainsi Ma eonduite, toujours nette dans son esprit, ne lui serait jamais suspecte, et je me conserverais plus de crédit en me supposant des fautes, qu’ils ne font en cachant les leurs.

Premièrement, songez bien que c’est rarement à vous de lui proposer ce qu’il doit apprendre ; c’est à lui de le désirer, de le chercher, de le troûverl; à vous de le mettre à sa portée, de faire naître adroitement ce désir et de lui fournir les moyens de le satisfaire. Il suit de là que vos questions doivent être peu fréquentes, mais bien choisies ; et que, comme il en aura beaucoup plus à vous faire que vous à lui, vous serez toujours moins à découvert, et plus souvent dans le cas de lui dire : En quoi ce que vous me demandez est-il utile à savoir ?

De plus, comme il importe peu qu’il apprenne ceci ou cela, pourvu qu’il conçoive bien ce qu’il apprend et l’usage de ce qu’il apprend, sitôt que vous n’avez pas à lui donner sur ce que vous lui dites un éclaircissement qui soit bon pour lui, ne lui en donnez point du tout. Dites lui sans scrupules : «Je n'ai pas de bonne réponse à vous faire, j'avais tort, laissons cela.» Si votre instruction était réel-

1. Conformément à la méthode générale de Rousseau qui est de ne rien imposer machinalement à la mémoire de l’enfant, mais d’éveiller d’abord sa curiosité pour fixer son attention. Le principe : à quoi cela est-il bon?

sous la forme rigoureuse qu’il

lui donne, lui appartient bien.

Mais la méthode qui consiste à suivre l'enfant en apparence, au lieu de chercher à le pousser, étaitrecommandée avant lui. Le

célèbre Magasin des enfants de

Mme de Beaumont (1758), par ex., est établi sur cette méthode des dialogues, où la curiosité est sans cesse sollicitée,

lement déplacée, il n’y a pas de mal à l’abandonner tout-à-fait ; si elle ne l'était pas, avec un peu de soin s vous trouverez bientôt l’occasion de lui en rendre l'utilité À sensible.

Je n’aime point les explications en discours; les jeunes gens y font peu d'attention et ne les retiennent guère. Les choses ! les choses!. Je ne répéterai jamais assez que nous

donnons trop de pouvoir aux mots : avec notre éducation } babillarde, nous ne faisons que des babillards?. $ Supposons que, tandis que j'étudie avec mon élève le | é

cours du soleil et la manière de s'orienter, tout à coup il m'interrompe pour me demancer à quoi sert tout cela. Quel beau discours je vais lui faire! de combien de choses je saisis l’occasion de l’instruire en répondant à sa question, surtout | si nous avons des témoins de notre entretien! Je lui par- | lerai de l’utilité des voyages, des avantages du commerce, des productions particulières à chaque climat, des mœurs | des différents peuples, de l’usage du calendrier, de la su p- "3 putation{ du retour des sdisons pour l’agriculture, de l’art "4 de la navigation, de la manière de se conduire sur mer et | de suivre exactement la route sans savoir où l’on est. La politique, l’histoire naturelle, l'astronomie, la morale même et le droit des gens, entreront dans mon explication, de manière à donner à mon élève une grande idée de toutes ces

1. “Etudier dans quelle mesure Rousseau, sorti de son Système d'éducation, a été fidèle à ce souci des choses, des réalités.

Montrer qu’au contraire, dans ses deux premiers Discours, il s'était, dans une certaine mesure, désintéressé de ces réalités.

2. Principes excellents, mais pour lesquels Rousseau n'invente rien. Dès 1760 l'influence des sciences et surtout de lhistoire naturelle avait dressé, en face des méthodes asservies à l'autorité et à la mémoire passive, le respect des faits et du jugement de l'enfant. (Voir Zn- ROGERS 44). DiGarp (Mémoires el Aventures d'un bourgeois. 1751) proteste contre la « science puérile de syllabes et de mots ». Helvétius(1758) se demande si «huit ou dix années consommées dans l'étude des mots ne seraient pas mieux employées à l’étude des choses ».

« Rapprocher l’'exclamation de

Rousseau de celle que ie genevois de Luc, son ami, prêtait aux savante de son temps : « Des faits ! Des faits ! », (Lettres physiques, etc). Et ces principes n’ont pas encore complètement triomphé aujourd’hui.

3. J'ai souvent remarqué que, dans les doctes instructions qu’on donne aux enfants, on songe moins à se faire écouter d'eux que des grandes personnes qui sont présentes. Je suis très sûr de ce que je dis là, car j'en ai fait l'observation sur moi-même. ( Vote de Rousseau.)

Rousseau avait pu en effet causer éducation dans le salon de M. de Mably dont il éleva quelque te le fils, dans celui de Me de Chenonceaux qui l’engagea, dit-il, à écrire l'£mile, dans celui de M»: d’Epinay qui avait formé le projet d'écrire des let- SE pour l'éducation de son fils etc.

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