Rendu — s’est rendu à celle qui l’a vaincu
4. * On pourra comparer cette « première rencontre » avec quelques autres de la littérature, Eudorce et Cymodocée, Atala et Chactas, etc.
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LETTRE A CHRISTOPHE DE BEAUMONT
[En attaquant violemment l’Emile dans son mandement, l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, avait durement calomnié Rousseau. Rousseau défendit sa doctrine, sa sincérité, la dignité de sa vie et de ses convictions, les droits de la pensée et la tolérance avec une précision dialectique, une force d’ironie et un emportement d’éloquence qui font de sa lettre un. des plus beaux ouvrages polémiques. Nous en citons deux importants fragments. La plus grande partie de la lettre portant sur la philosophie aujourd’hui vieillie et souvent très obscure de la Profession de foi du Vicaire Savoyard (Voir p. 237), nous jugeons inutile d’en donner l'analyse méthodique.]
La Franchise de Rousseau.
Vous avez deux objets dans votre mandement : l’un de censurer mon livre, l’autre de décrier ma personne. Je croirai vous avoir bien répondu, si je prouve que partout où vous m'avez réfuté vous avez mal raisonné, et que partout où vous m'avez insulté vous m'avez calomnié. Mais quand on ne marche que la preuve à la main, quand on est forcé, par l'importance du sujet et par la qualité de l’adversaire, à! prendre une marche pesante et à suivre pied à pied toutes ses censures, pour chaque mot il faut des pages; et, … tandis qu'une courtesatire amuse,une longue défense ennuie. … Cependant il faut que je me défende, ou que je reste chargé par vous des plus fausses imputations.Je me défendrai donc,
mais je défendrai mon honneur plutôt que mon livre. Ce n’est point la Profession de foi du vicaire savoyard que j'examine, c’est le Mandement de l’archevêque de Paris ; et ce n’est que le mal qu’il dit de l’éditeur qui me force à par- ler de l’ouvrage. Je me rendrai ce que je me dois, parce que je le dois, mais sans ignorér que c’est une position bien triste que d’avoir à se plaindre d’un homme plus puissant . que soi, et que c’est une bien fade lecture que la justification d’un innocent?,....
1. RÈGLe : Zssayer à ou de. 2. Pourtant la Lettre à Chris- RANOIN p 04, n. 6. | tophe de Beaumont eut un grand
LETTRE A CHRISTOPHE DE BEAUMONT
Qu'il me soit permis auparavant de vous supplier, Mon-
seigneur, vous et tous ceux qui. liront cet écrit, d'ajouter
quelque foi aux déclarations d’un ami de la vérité, et de ne. pas imiter ceux qui, sans preuve, sans vraisemblance, et sur le seul témoignage de leur propre cœur, m’accusent d’athéisme et d’irréligion contre des protestations si posi-. tives !, et que rien de ma part n’a jamais démenties. Je n’äi
pas trop,ce me semble, l'air d’un homme qui se déguise., et :
il n’est pas aisé de voir quel intérêt j'aurais à me déguiser
ainsi. L’on doit présumer que celui qui s'exprime si libre-" W
ment sur ce qu’il ne croit pas, est sincère en ce qu'il dit croire ; et quand ses discours, sa conduite et ses écrits sont
toujours d'accord sur ce point, quiconque ose aflirmer qu'il
ment, et n’est pas un dieu, ment infailliblement lui-même. Je n’ai pas toujours eu le bonheur de vivre seul ; j'ai fré-. quenté des hommes de toute espèce ; j’ai vu des gens de tous les partis, des croyants de toutes les sectes, des esprits forts de tous les systèmes; j'ai vu des grands, des petits, des libertins?, des philosophes ; j’ai‘eu des amis sûrs et d’autres qui l’étaïent moins; j'ai été environné d’espions à, de mal-
veillants, et le monde est plein de gens qui me haïssent à
cause du mal qu’ils m'ont fait. Je Les adjure tous, quels qu’ils puissent être, de déclarer au public ce qu’ils savent de ma
croyance en matière de religion ; si dans le commerce le
plus suivi, si dans la plus étroite familiarité, si dans la gaieté des repas, si dans les confidences du tête-à-tête, ils m'ont jamais trouvé différent de moi-même ; si, lorsqu'ils ont voulu disputer ou plaisanter, leurs arguments ou leurs railleries m'ont un moment ébranlé; s’ils m'ont surpris à
varier dans mes sentiments ; si dans le secret de mon cœur +
ils en ont pénétré que je cachais au public ; si, dans quelque, …
temps que ce soit, ils onttrouvé en moi une ombre de fausseté ou d’'hypocrisie, qu’ils le disent, qu'ils révèlent tout,
qu'ils me dévoilent ;.j y consens, je les en prie, je les dis- Le
pense du secret de l’amitié ; qu’ils disent hautement, non ce
qu'ils voudraient que je fusse, mais ce qu’ils savent que je |
vie déréglée » et «esprit fort ».
retentissement. Rousseau au- À ce Le deuxième est ici le seul ac-
rait pu se souvenir de ce qu’il
dit du désir commun des hommes pour la justice, désir qui naît de la pitié pour le persécuté. Voir les Zxtraits, p. 70 et suiv.