‹ Morceaux choisis;Chapitre 217 sur 312 · Ils s’acharnent aux = ils s’at · texte numérisé non relu

Ils s’acharnent aux = ils s’at

‘tachent avec acharnement aux.

5. Disputer — discuter. Les deux | mots sont constamment confon-.

dus au 17° et au 18° siècles.

LETTRE A CHRISTOPIIE DE BEAUMONT 273

d’orgueil que de bonne foi, c'est sur ce qu'ils peuvent le. moins prouver qu'ils pardonnent le moins quelque doute!

Ma propre histoire caractérise mieux qu'aucune autre le jugement qu’on doit porter des chrétiens d'aujourd'hui : mais comme elle en dit trop pour être crue, peut-être un jour fera-t-elle porter un jugement tout contraire; un jour peutêtre ce qui fait aujourd’hui l’opprobre de mes contemporains fera leur gloire, et les simples qui liront mon livre diront avec admiration : « Quels temps angéliques ce devait être que ceux où un tel livre a été brülé comme impie, et son auteur poursuivi comme un malfaiteur ! sans doute alors tous les écrits respiraient la dévotion la plus sublime et la terre était couverte de saints. »

Mais d’autres livres demeureront.On saura, par exemple, que ce même siècle a produit un panégyriste de la Saint- Barthélemi, Français, et, comme on peut bien le croire, homme d'église, sans que ni Parlement ni prélat ait songé même à lui chercher querelle?. Alors, en comparant la morale des deux livres et le sort des deux auteurs, on pourra changer de langage et tirer une autre conclusion.

Les doctrines abominables sont celles qui mènent au crime, au meurtre,et qui font des fanatiques. Eh ! qu’y-a-t-il de pius abominable au monde que de mettre l'injustice et la violence en système, et de les faire découler de la clémence de Dieu3?Je m’abstiendrai d'entrer ici dans un parallèle qui pourrait vous déplaire : convenez seulement, Monseigneur, que si la France eût professé la religion du prêtre

1. Rousseau pense sans doute à toutes les querelles théologiques, et plus précisément aux interminables débats qui divisaient les Jansénistes et les Jésuites. Pour donner une idée de la violence de cette querelle au 18° siècle, disons que les Jansénistes imprimaient un journal, les Nouvelles ecclésiastiques. Les Jésuites, tout puissants pendant la première moitié du siecle, faisaient traquer les imprimeurs par la police, avec la dérniere férocité. Pour déjouer les recherches, l'atelier avait été finalement installé dans une pile de bois sur les quais de la Seine. *

2. Ce panégyriste était sans doute abbé de Caveirac, auteur de l’Apologie de Louis X1 V et de

son Conseil sur la révocation de l’édit de Nantes... avec une dissertation sur la journée de La Saint-Barthélemy (1558). Diderot nous dit de lui qu’il «a passé our un homme de sang, avec equel il ne fallait pas partager le même toit ».Son livre n’était as directement une apologie.

n 1964, il fut condamné au carcan et au bannissement, pour avoir pris la défense des Jésuites. Rousseau devait le connaître, puisqu'il avait écrit contre ses théories musicales.

3. Rousseau songe sans doute à cette doctrine de l’Inquisition qu’il convenait de brûler les hérétiques sur cette terre pour leur mériter la clémence de Dieu et leur épargner les flammes éternelles de l'enfer.

savoyard, celte religion si simple et si pure, qui fait craindre Dieu et aimer les hommes, des fleuves de sang n’eussent point si souvent inondé les champs français ; ce peuple si doux et si gai n’eùût point étonné les autres de ses cruautés dans tant de persécutions et de massacres, depuis l’inquisition de Toulouse! jusqu’à la Saint-Barthélemi, et depuis les guerres des Albigeois jusqu'aux dragonnades; le conseiller Anne du Bourg n’eùt point été pendu pour avoir opiné à la douceur envers les réformés? ; les habitants de Mérindole et de Cabrière n’eussent point été mis à mort par arrêt du parlement d'Aix; et, sous nos yeux, l’innocent Calas, torturé par les bourreaux, n’eût point péri sur la roue.

1. Il est vrai que Dominique, saint espagnol, y eut grande part. Le saint, selon un écrivain de son ordre, eut la charité, préchant contre les Albigeoïs, de s’adjoindre de dévotes personnes, zélées pour la.foi, lesquelles prissent le soin d'extirper corporellement et par le glaive matériel les hérétiques qu'il n'aurait pu vaincre avec le glaive de la parole de Dieu : « Ob caritatem, « prædicans contra Albienses, in ad- « jutorium sumpsit quasdam devotas personas, zelantes pro fide, quæ corporaliter illos hæreticos gladio materiali expugnarent, quos ipse gladio « verbi Dei amputare non posset. »

(Anton., in Chron., p. IT, tit, XXIII, cap. XIV, $ 2.) Cette charité ne ressemble guère à celle du vicaire ; aussi a-t-elle un prix bien différent: l’une fait décréter (*) et l’autre canoniser ceux qui la professent.

Page 1