‹ Morceaux choisis;Chapitre 227 sur 312 · CHAPITRE HI, — Du Droit du plus fort · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI, — Du Droit du plus fort

Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir. De là le droit du plus fort!; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe?. Mais ne nous éxpliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence.

En quel sens pourra-ce être un devoir ?

Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu’il n’en résulte qu’un galimatias inexplicable; car, sitôt que c’est la force qui fait Le droit, l’effet change avec la cause : toute . force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu’on peut désobéir impunément, on le peut légitimement ; et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus Fans Or, qu'est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? S'il faut obéir par

- force, on n’a pas besoin d’obéir par devoir ; et si l’on n’est

… donner la bourse ; maïs, suis-je en conscience obligé de la donner ? car enfin le pistolet qu’il tient est aussi une puissance.

2 forcé d’obéir, on n’y est plus obligé. On voit donc que le mot de droit n’ajoute rien à la force; il ne signifie ici rien du tout?.

Obéissez aux puissances. Si cela veut dire : Cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu; je réponds qu’il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue; mais toute maladie en vient aussi: est-ce à dire

* qu'il soit défendu d’appeler le médecin ? Qu'un brigand me

surprenne au coin d’un bois, non seulement il faut par force quand je pourrais la soustraire,

Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on

> n’est obligé d’obéir qu'aux puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours.

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