‹ Morceaux choisis;Chapitre 233 sur 312 · À la presse de l’imprimeur · texte numérisé non relu

À la presse de l’imprimeur

» 2. Comparer un fragment de Mon Portrait : « Je ne fais ia- “mais rien qu'à la promenàde, la Campagne est mon cabinet ».

* Etudier l'influence de cette méthode de composition sur le entiment de la nature chez iousseau et le décor de ses

» 3.Rousseau avait d’abordécrit évingt vers ».

&. Pour toutes ses lettres im-

ortantes, Rousseau faifait des

rouillons très corrigés et dont un bon nombre subsiste à la b'bliothèque de Neuchâtel.

5. Recevoir = recevoir des spectacles qui devraient me les suggérer. Rousseau avait d’abord écrit « former »,

6. * Vérifier cette affirmation en étudiant les scènes de la VNouvelle Héloïse ou de l’Emile, par exemple, pp. 123, 134, 142, etc.

suis sûr d'oublier au moins quelqu’une, suffit pour m'intimider. Je ne comprends pas même comment on ose parler dans un cercle ; car à chaque mot il faudrait passer en revue tous les gens qui sont là ; il faudrait connaître tous leurs caractères, savoir leurs histoires, pour être sûr de ne rien dire qui puisse offenser quelqu'un. Là-dessus, ceux qui vivent dans le monde ontun grand avantage: sachant mieux ce qu’il faut taire, ils sont plus sûrs de ce qu'ils disent ; encore leur échappe-t-il souvent des balourdises.Qu’on juge de celui qui tombe là des nues: il lui est presque impossible de parler une minute impunément. Dans le tête à tête, il y a un autre inconvénient que je trouve pire, la nécessité de parler toujours : quand on vous parle il faut répondre, et si l’on ne dit mot il faut relever la conversation. Cette insupportable contrainte m’eùt seule dégoûté de la société. Je ne trouve point de gêne plus terrible que l'obligation de parler sur-le-champ et toujours!. Je ne sais si ceci tient àma mortelle aversion pour tout assujettissement ; mais c’est assez qu'il faille absolument que je parle pour que je dise une sotiise infailliblement.

Ce qu’il y a de plus fatal est qu’au lieu de savoir me taire quand je n’ai rien à dire, c’est alors que, pour payer plus tôt ma dette, j'ai la fureur de vouloir parler.Je me hâte de bal butier promptement des paroles sans idées, trop heureux quand elles ne signifient rien du tout. En voulant vaincre ou cacher mon ineptie, je manque rarement de la mon- FTETAE EU

Je crois que voilà de quoi faire assez comprendre comment, n'étant pas un sot, j'ai cependant souvent passé pour l'être, même chez des gens en état de bien juger : d'autant plus malheureux que ma physionomie et mes yeux promettent davantage, et que cette attente frustrée rend plus choquanté aux autres ma stupidité. Ce détail, qu’une occasion parti culière a fait naître, n’est pas inutile à ce qui doit suivre: I1 contient la clef de bien des choses extraordinaires qu’on m'a vu faire et qu'on attribue à une humeur sauvage queje

1. Dans sa première version, Rousseau avait poussé les choses encore plus au tragique : « je sens une angoisse, une sueur

froide ; des nuages obscurs trou-

blent mon cerveau ».

2. C'est donc en partie pour ces raisons personnelles que Rousseau a condamné avec acharnement les conversations mondai-

nes. Il a donné à Emile non sa gaucherie et ses «balourdisesy», mais le dédain des entretiens de société et de ceux qui y bril:

lent. (Voir les Extraits, p. 244.)

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