‹ Morceaux choisis;Chapitre 24 sur 312 · Dans la lettre du 12 janvier · texte numérisé non relu

Dans la lettre du 12 janvier

« Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite, c’est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture. Tout à coup, je me sens l'esprit ébloui de mille lumières ; des foules d'idées vives sy présentent à la fois

avec une force et une confusion qui me jeta dans un trouble inexprimable; je sens ma tête prise par un étourdise sement semblable à l'ivresse, Une violente pa!pitation m’oppresse, soulève ma poitrine ; ne pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un des arbres de l'avenue, et j’y passe une demi-heure dans une telle agitas tion, qu'en me relevant, j’apercus tout le devant de ma veste mouillé de larmes, sans avoir senti que j'en répandais, p

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Avant de l’apprendre je savais par cœur des multitudes de chansons : sitôt que j'ai su chanter des airs notés, je n’en ai pu retenir aucun; et je doute que de ceux que j'ai le plus aimés j'en puisse aujourd’hui redire un seul tout entier.

Ce que je me rappelle bien distinctement dans cette occasion, c’est qu'arrivant à Vincennes j'étais dans une agitation qui tenait du délire. Diderot l’aperçut : je lui en dis la cause, et je lui lus la prosopopée de Fabricius, écrite en crayon!sous un chêne. [Il m’exhorta de? donner l'essor à mes idées, et de concourir au prix$. Je le fis, et dès cet instant je fus perdu. Tout le reste de ma vie et de mes malheurs fut l'effet inévitable de cet instant d’égarementt.

Mes sentiments se montèrent, avec la plus inconcevable rapidité, au ton de mes idées. Toutes mes petites passions furent étouffées par l’enthousiasme de la vérité, de la liberté, de la vertu ; et ce qu'il y a de plus étonnant est que cette effervescence se soutint dans mon cœur, durant plus de quatre ou cinq ans, à un aussi haut degré peut-être qu’elle ait jamais été dans le cœur d'aucun autre homme.

Analyse et Extraits.

[Dans la première partie du Discours, Rousseau commence par opposer le charme apparent de la politesse civilisée à la profonde corruption età la férocité de mœurs qu’elle recouvre. De cette dépravation il prétend démontrer par l’historre que les sciences et les arts sont seuls respon-

sables. L'Egypte, l'empire byzantin, l’ancien empire Perse, la Chine, le

contraste entre Sparte et Athènes, le témoignage de Socrate, celui de

Fabricius à Rome, célui-même de Louis XII ou de Henri IV en France, lui semblent affirmer successivement que le progrès de la décadence a été parallèle au progrès de la civilisation.

Dans la deuxième partie, Rousseau prétend expliquer ces faits par le raisonnement. Si les sciences et les arts, dit-il, poursuivent des recher-

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