Parole de l'Zvangile
Mon imagination ne laissait pas longtemps déserte la terre ainsi parée. Je la peuplais bientôt d'êtres selon mon cœur, et, chassant bien loin l’opinion, les préjugés, toutes les passions factices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter. Je m'en formais une société charmante dont je ne me sentais pas indigne, je me faisais un siècle d’or à ma fantaisiel, et remplissant ces beaux jours de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient
laissé de doux souvenirs, et de toutes celles que mon cœur
pouvait désirer encore, je m’attendrissais jusqu'aux larmes sur les vrais plaisirs de i'humanité, plaisirs si délicieux, si purs, et qui sont désormais si loin des hommes?. Oh ! si dans ces moments quelque idée de Paris, de mon siècle, et de ma petite gloriole d'auteur, venait troubler mes rêveries, avec quel dédain je la chassais à l'instant pour me livrer, sans distraction, aux sentiments exquis dont mon âme était pleine! Cependant au milieu de tout cela, je l’avoue, le: néant de mes chimères venait quelquefois la contrister tout à coup. Quand tous mes rêves se seraient tournés en réalités, ils ne m’auraient pas sufli ; j'aurais imaginé, rêvé, désiré encore. Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n’aurait pu remplir, un certain élancement de cœur vers une autre sorte de jouissance dont je n’avais pas d'idée, et dont pourtant je sentais le besoin3. Hé bien, Monsieur, cela même était jouissance‘, puisque j'en élais pénétré d’un sentiment très vif, et d’une tristesse atlirante*, que je n’aurais pas voulu ne pas avoir.
Bientôt de la surface de la terre j’élevais mes idées à tous les êtres de la nature, au système universel des choses, à l’être incompréhensible qui embrasse tout. Alors, l’esprit
certain que notre âme demande éternellement... l'univers entier ne la satisfait point », — dans l’'Essai sur les Révolulions : « Je l'ai sentie aussi cette soif vague de quelque chose... un cœur miné d’un désir inconnu, etc. ».
Comparer également Lamartine (l’Zsolement) :
Et ce bien idéal que toute âme désire Et qui n'a pas de nom au terrestre