RÈGLE : Faire leçon. Voir P. 105, n
5. * Cette tristesse attirante, elle aussi, est éminemment romantique. L'étudier en rapprochant Les pages 154 et suiv,
Lu
perdu dans cette immensité, je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas, je me sentais, avec une sorte de volupté, accablé du poids de cet univers, je me livrais avec ravissement à la confusion de ces grandes idées, j'aimais à me perdre en imagination dans l’espace, mon cœur resserré dans les bornes des êtres s’y trouvait trop à l’étroit; j'étouffais dans l'univers; j'aurais voulu m'élancer dans l'infini. Je crois que, si j'eusse dévoilé tous les mystères de la nature, je me serais senti dans une situation moins délicieuse que celte étourdissante extase à laquelle mon esprit se livrait sans retenue, ei qui, dans l'agitation de mes transports, me faisait écrier! quelquefois : «oO grand Être ! d grand Être!» sans pouvoir dire ni penser rien de plus?.
Ainsi s’'écoulaient dans un délire continuel les journées les plus charmantes que jamais créature humaine ait passées ; et quand le coucher du soleil me faisait songer à la retraite, étonné de la rapidité du temps, je croyais n’avoir pas assez mis à profit ma journée, je pensais en pouvoir jouir davantage encore ; et, pour réparer le temps perdu, je me disais: « Je reviendrai demain. »
Je revenais à petits pas, la tête un peu fatiguée, mais le cœur content; je me reposais agréablement au retour, en me livrant à l’impression des objets$, maïs sans penser, sans imaginer, sans rien faire autre chose que sentir le calme et le bonheur de ma situation. Je trouvais mon couvert mis sur ma terrasse. Je soupais de grand appétit dans mon petit domestique; nulle image de servitude et de dépendance ne troublait la bienveillance qui nous unissait tous. Mon chien lui-même était mon ami, non mon esclave ; nous avions toujours la même volonté, mais jamais il ne m’a obéi. Ma gaieté durant toute la soirée témoignait que j'avais vécu seul tout le jour ; j'étais bien différent quand j'avais vu de la compagnie: j'étais rarement content des autres, et jamais de mois. Le soir, j'étais grondeur et taciturne : cette remarque est de ma gouvernante, et, depuis qu’elle me l’a dite, je l’ai toujours trouvée juste en m'observant. Enfin,
1. Zcrier = s’écrier. RÈGLE : 8. C’est-à-dire : à l'impression Veux-tu que de sa mort je écoute |: TUE les objets faisaient sur moi. [vanter (= te vanter). &. « Le domestique —l'intérieur
Voir p. 114, n. 3. de la maison, le ménage » (Dict.
de Féraud, 1787).