‹ Morceaux choisis;Chapitre 246 sur 312 · Aux = dans les. Cf. RÈGLE · texte numérisé non relu

Aux = dans les. Cf. RÈGLE

À quelle utilité ? p. 65, n. 3.

5. Rousseau avait A tr da cette heureuse métaphore. Voir Pp/229, n. I.

Ed

tout cela nourrissait mes idées durant la marche, et me faisait rêver délicieusement. Nulle crainte, nul doute sur mon sort ne troublait ces rêveries!. M'envoyer à Turin, c'était, selon moi, s'engager à m’y faire vivre, à m'y placer convenablement. Je n'avais plus de souci sur moi-même; d’autres s'étaient chargés de ce soin. Ainsi je marchais légèrement, allégé de ce poids; les jeunes désirs, l'espoir enchanteur, les brillants projets remplissaient mon àme. Tous les objets que je voyais me semblaient les garants de ma prochaine félicité. Dans les maisons j'imaginais des festins rustiques ; dans les prés, de folâtres jeux ; le long des eaux, les baïns, des promenades, la pêche; sur les arbres, des fruits délicieux ; sur les montagnes, des cuves de lait et de crème, une .oisiveté charmante, la paix, la simplicité, le plaisir d’aller sans savoir où?, Enfin rien ne frappait mes yeux sans porter àmon cœur quelque attrait de jouissance. La grandeur, la variété, la beauté réelle du spectacle, rendaient cet attrait digne de la raison ; la vanité même y mêlait sa pointe. Si jeune aller en Italie, avoir déjà vu tant de pays, suivre Annibal à travers les monts, me paraissait une gloire audessus de mon âge. Joignez à tout cela des stalions fréquentes et bonnes, un grand appétit et de quoi le contenter ; car én vérité ce n’était pas la peine de m'en faire faute, et sur le dîner de M. Sabran, le mien ne paraissait pas.

Je ne me souviens pas d’avoir eu dans tout le cours de ma vie d'intervalle plus parfaitement exemptde soucis et de peine que celui des sept ou huit jours que noùs mîmes à ce voyage; car le pas de M°° Sabran, sur lequel il fallait régler le nôtre, n’en fit qu’une longue promenade. Ce souvenir m'a laissé le goût le plus vif pour tout ce quis’y rapporte, surtout pour les montagnes et pour les voyages pédestrest.Je n’ai voyagé à pied que dans mes beaux jours, et toujours avec délices. Bientôt les devoirs, les affaires, un bagage à porter, m'ont forcé de faire le monsieur et de prendre des voitures; les soucis rongeants,les embarras, la gêne, y sont montés avec moi; et dès lors, au lieu qu'auparavant dans mes voyages = je ne sentais que le plaisir d’aller, je n’ai plus senti que le

1. On rapprochera de ceci le assage où Rousseau condamne a prévoyance. Voir p.179.

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