‹ Morceaux choisis;Chapitre 245 sur 312 · RLLSLSL LS SSL ST TL LL LL LR LL TL SL LL LL SL RS · texte numérisé non relu

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qui souffre te à l’esprit sa liberté? ; ?

après avoir fait encore quelques tours dans mon jardin, ou chanté quelque air sur mon épinette!, je trouvais dans mon lit un repos de corps et d'âme cent fois plus doux que le sommeil même.

Ce sont là les jours qui ont fait le vrai bonheur de ma vie, bonheur sans amertume, sans ennuis, sans regrets, et auquel j'aurais borné volontiers tout celui de mon existence. Oui, Monsieur, que de pareils jours remplissent pour moi l'éternité, je n’en demande point d’autres, et n’imagine pas que je sois beaucoup moins heureux dans ces ravissantes contemplations que les intelligences célestes. Mais un corps désormais, je ne suis plus seul, j'ai un hôte qui m'importune, il faut m'en délivrer pour être à moi; et l'essai que j'ai fait de ces douces jouissances ne sert plus qu'à me faire attendre avec moins d’effroi le moment de les goûter sans distraction3,

Le Voyage de Turin (1728).

(Voir la Biographie, pp. 16-19.) ù

Nul accident ne troubla mon voyage : j'étais dans la plus heureuse situation de corps et d'esprit où j'aie été de mes jours. Jeune, vigoureux, plein de santé, de sécurité, de confiance en moi et aux autres #; j'étais dans ce court mais précieux moment de la vie où sa plénitude expansive étend pour ainsi dire notre être par toutes nos sensationsÿ, et embellit à nos yeux la nature entière du charme de notre existence. Ma douce inquiétude avait un objet qui la rendait moins errante et fixait mon imagination. Je me regardais comme l'ouvrage, l'élève, l'ami de M” de Warens. Les choses obligeantes qu’elle m'avait dites, l’intérêtsitendre qu’elle avait paru prendre à moi, ses regards charmants, qui me semblaient pleins d'amour parce qu’ils m’en inspiraient,

1. L’épinette était plus petite que le clavecin, instrument qui a précédé le piano et où les sons étaient produits par des tuyaux de plumes qui grattaient les cordes.

2. Rousseau était alors fréquemment souffrant de la maladie de vessie que son imagination empirait,

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