‹ Morceaux choisis;Chapitre 30 sur 312 · Que — sans que. Cf. Crovu- ZED. +. GP. FF; S · texte numérisé non relu

Que — sans que. Cf. Crovu- ZED. +. GP. FF; S

4. Rousseau fait sans doute allusion aux dieux lares ou dieux

5. Le thème est infiniment banal, Les malédictions contre le luxe sont un lieu commun chez ies moralistes grecs ou romains.

Mais on voit ce qui fait, et cequi fit au 18° siècle, l'originalité de Rousseau : la sincérité des regrets et du rêve de la «nature»

d’une part, et l’éclat du style, d'autre part.

*Relirela manière dont Rousseau a conçu son Discours (voir p.64) et montrer que si cette «inspiration » a été favorable à l’éloquence de Rousseau, elle la conduit à se satisfaire de toutes sortes d'à peu près » historiques.

Analyse et Extraits.

[La Préface du Discours indique les difficultés du sujet et les erreurs de ceux qui s’en sont occupés, Ce n’est pas sur la Loi naturelle qu’il faut commencer par discuter, mais sur ce qu’est l’homme à l’état de nature.

Quand nous connaîtrons « cet homme originel » nous pourrons discuter:

sur « ses vrais besoins et les principes fondamentaux de ses devoirs », sur les lois qui lui conviennent.

Dans la première partie, pour retrouver l’homme naturel, Rousseau com-

mence par écarter tous les faits historiques. Il le reconstitue uniquement

par des hypothèses rationnelles qui, selon lui, sont plus sûres. Ce raisonnement nous montre que l’homme primitif a dû avoir un corps assez robuste et agile pour ne rien craindre des bêtes sauvages. Il ignorait les maladies et infirmités qui ne sont nées que de la corruption des mœurs, car « l’homme qui méditeest un animal dépravé ». Au point de vue de l'esprit l’homme s2 diflérencie de la bête par la faculté de perfectionner son intelligence. Mais s’il avait ce pouvoir de se perfectionner, comment en a-t-il senti le besoin ? À l’état de nature, en effet, « son imagination ne Jui peint rien; son cœur ne lui demande rien ». Malgré l'obscurité du problème on peut eroire que le besoin de réfléchir pour changer son état est né du rapprochement avec les autres êtres et de l'usage de la parole, On nesaurait dire comment est née l’idée de parler ; on ne peut proposer sur le développement du langage que des théories incomplètes. Mais c’est par le langage que l'intelligence a dû se former.

Avec les origines de l'intelligence il faut trouver les origines de la conscience morale. À l'état de nature les hommes « ne pouvaient être ni bons ni méchants, et n'avaient ni vices ni vertus ». Le premier éveil du sens moral a dû apparaître sous l'influence d’ün sentiment inné chez tout sauvage, la pitié.]

à | La Pitié. |

Je ne crois pas avoir aucune contradielion? à craindre en accordant à l’homme la seule vertu naturelle qu’ait été forcé de reconnaître le détracteur te plus outré des vertus humaines. Je-parle de la pitié, disposition convenable à des êtres aussi faibles et sujets à autant de maux que nous le sommes; vertu d'autant plus universelle et d'autant plus

1. Voir l’Zntroduction, p. 30. Grammaire Française, $ 200 et 2. Aucun a ici le sens aflirma- | 311. à tif,qu'il avait à l'origine, de quel- 3. Sans douteMandeville dont

que, quelqu'un. Cf. Crouzer... il cst question plus bas.

utile à l’homme, qu’elle précède en lui l’usage de toute réflexion, et si naturelle, que les bêtes mêmes en donnent quelquefois des signes sensibles. Sans parler de la tendresse des mères pour leurs petits, et des périls qu’elles bravent pour les en garantir, on observe tous les jours la répugnance qu'ont les chevaux à fouler aux pieds un corps vivant. Un animal ne passe point sans inquiétude auprès d’un animal mort de son espèce. Il y en a même qui leur’ donnent une sorte de sépulture; et les tristes mugissements du bétail entrant dans une boucherie annoncent l'impression qu’il reçoit de l’horrible spectacle qui le frappe. On voit avec plaisir l’auteur de la Fable des Abeilles! forcé de reconnaitre l’homme pour un être compatissant et sensible, sortir, dans l’exemple qu'il en donne, de son style froid et subtil?, pour nous offrir la pathétique image d’un homme enfermé qui aperçoit au dehors une bête féroce arrachant un enfant du sein de sa mère, brisant sous sa dent meurtrière ses faibles membres, et déchirant de ses ongles les entrailles palpitantes de cetenfant. Quelle affreuse agitation n’éprouve point ce témoin d’un événement auquel il ne prend aucun intérêt personnel! quelles angoisses ne souffre-t-il pas à cette vue, de ne pouvoir porter aucun secours à la mère évanouie, ni à l’enfant expirant!

Tel est le pur mouvement de la nature, antérieur à toute réflexion; telle est la force de la pitié naturelle, que les mœurs les plus dépravées ont encore peine à détruire, puisqu'on voit tous les jours dans* nos spectacles s’attendrir et pleurer, aux malheurs d’un infortuné, tel qui, s’il était à la place du tyran, aggraverait encore les tourments de son ennemi‘; semblable au sanguinaire Sylla, si sensible aux maux qu’il n'avait pas causés, ou à cet Alexandre de Phères5 qui n’osait assister à la représentation d'aucune tragédie, de peur qu’on ne le vit gémir avec Andromaque

1. Cet auteur était Mandeville, médecin hollandais établi en Angleterre, mort en 17933. La Fable

des Abeilles avait été traduite en :

1940 (par J. Bertrand). L’auteur essaie d’y démontrer que les vices des particuliers sont les éléments nécessairesdu bien-être el de la livredeMandevillé a inspiréVoltaire dans sa satire du Mondain.

Page 1