Rousseau excelle dans ces
débuts qui résument énergique- vent fourair les Extraits.
Contrat Social et ceux que peu-
ment les développements qui voñt suivre.
* Comparer avec le début de V’Emile : « Tout est bien, sortant des mains de l’auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme »; le début du
La phrase est à rapprocher de … celle de Pascal: «Mien, tien. «Ce
chien est à moi, disaient ces
pauvres enfants ; c’est là ma pla-. … ce au soleil ». Voilà le commencement et l’image de l’usurpa- :
tion de toute la terre ».
lors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir plus durer comme elles étaient : car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’ésprit humain : il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l’industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d’âge en âge, avant que d'arriver à ce dernier terme de l’état de nature. Reprenons donc les choses de plus haut, et tâächons de rassembler sous un seul point de vue cette lente succession d'événements et de connaissances dans leur ordre le plus naturel.....
Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habitsde peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs ares et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique ; en un mot, tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et qu’à des arts! qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant : mais dès l'instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre, dès qu’on s’aperçut qu'il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes? qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons3.
La métallurgie et l’agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande révolution. Pour le poète, c’est l’or et l’argent ; mais pour le philosophe, ce sont le fer
1. Aris à ici le sens du latin artes (métiers), sens qui est précisé plus bas par «la métallur-
ie et l’agriculture furent les
eux arts...»