‹ Morceaux choisis;Chapitre 42 sur 312 · Cf. la note De · texte numérisé non relu

Cf. la note De

2. Entendons : Tous les maux dont il est capable de souffrir.

3. À proportion était encore la tournure la plus usitée. « Plusieurs disent en proportion. »

(Dict. de Féraud, 1787). Nous dirions dans la proportionoù.—Pour

que équivalant à où, RÈGLE: Au 17° siècle, on emploie très souvent que, à la place de où, apres des noms de temps, de lieu, de situation, de manière : Ex.: À l'heure que je parle. (Mor.).

4. En effet = en réalité. Sens constant aux 17° et 18° siècles.

DISCOURS SUR L'ORIGINE DE L’'INÉGALITÉ 81 Pi D AE. NO OM SR NES RE EC CNT RL ER CREER

un vaisseau en mer dont le naufrage ne ft une bonne nouvelle pour quelque négociant; pas une maison qu’un débiteur de mauvaise foi ne voulût voir brûler avec tous les papiers qu’elle contient ; pas un peuple qui ne se réjouisse des désastres de ses voisins. C’est ainsi que nous trouvons notre avantage dans le préjudice de nos semblables, et que la perte’ de l’un fait presque toujours la prospérité de l’autre. Mais ce qu’il y a de plus dangereux encore c’est que les calamités publiques font l'attente et l'espoir d’une multitude de particuliers : les uns veulent des maladies, d’autres la mortalité, d’autres la guerre, d’autres la famine. J’ai vu des hommes affreux pleurer de douleur aux apparences d’une année fertile ; et le grand et funeste incendie de Londres, qui coûta la vie ou les biens à tant de malhenreux, fit peut-être la fortune à! plus de dix mille personnes. Je sais que Montaigne blâäme l’Athénien Démades d’avoir fait punir un ouvrier qui, vendant fort cher des cercueils, gagnait beaucoup à la mort des citoyens, mais, la raison que Montaigne allèoue étant qu’il faudrait punir tout le monde, il est évident qu’elle confirme les miennes. Qu'on pénètre donc, au travers de nos frivoles démonstrations de bienveillance, ce qui se passe au fond des cœurs, et qu’on réfléchisse à ce que doit être un état de choses où tous les hommes sont forcés de se caresser et de se détruire mutuellement, et où ils naissent ennemis par devoir et fourbes par intérêt. Si l’on me répond que la société est tellement constituée que chaque homme gagne à servir les autres, je répliquerai que cela serait fort bien s’il ne gagnait encore plus à leur nuire. Il n'y a point de profit si légilime qui ne soit surpassé par celui qu’on peut faire illégitimement, et le tort fait au prochain est toujours plus lucratif que les services. Il ne s’agit donc plus que de trouver les moyens de s'assurer l'impunité, et c’est à quoi les puissants emploient toutes ‘leurs forces, et les faibles toutes leurs ruses 2,

1. Nous dirions fit peut-être faire fortune à, ou La fortune de.

RÈGLE : À quelle uiilité? Voir p. 69, note 5.

2. C'est la même doctrine qui s'exprime dans l’anecdote connue de Fontenelle voyant passer un voleur enchaîne : « Voilà un homme qui a mal calculé son affaire». La doctrine actuelle de la solidarité s’efforce au contraire de prouver que le bien

de chacun est lié étroitement au bien de tous.

Il faut reconnaître dans tous les cas que Rousseau a vécu conformément à ses idées, qu'il a eu le dédain de l'argent (Cf.

Introduction, p.24) et qu'il se réjouissait que le maréchal de Luxembourg ne l’eût pas porté sur son testament, pour n'étre pas tenté de souhaiter sa mort,

L'homme sauvage, quand il a diné, est en paix avec toute la nature, et l’ami de tous ses semblables! S'agit-il quelquefois de disputer son repas, il n’en vient jamais aux coups sans avoir auparavant comparé la difficulté de vain cre avec celle de trouver ailleurs sa subsistance ; et, comme l’'orgueil ne se mêle pas du combat, il se termine par quelques coups de poing; le vainqueur mange, le vaincu va chercher fortune, et tout est pacifié. Mais chez l’homme en société ce sont bien d’autres affaires : il s’agit premièrement de pourvoir au nécessaire, et puis au superflu; ensuite viennent les délices, et puis les immenses richesses, et puis des sujets, et puis des esclaves ; il n’a pas un moment de relâche: ce qu’il y a de plus singulier c’est que moins les besoins sont naturels et pressantis, plus les passions? augmentent, et qui pis est, le pouvoir de les satisfairei, de sorte qu'après de longues prospérités, après avoir englouti bien des trésors et désolé bien des hommes, mon héros finira par tout égorger jusqu’à ce qu’il soit l’unique maître de l'univers. Tel est en abrégé le tableau moral, sinon de la vie humaine, au moins des prétentions ‘ secrètes du cœur de tout homme civilisé#.

Comparez sans préjugés l’état de l’homme civil® avec celui de l’homme sauvage, et recherchez, si vous le pouvez, combien, outre sa méchanceté, ses besoins et ses misères, le premier a ouvert de nouvelles portes à la douleur et à la mort. Si vous considérez les peines d’esprit qui nous consument, les passions violentes qui nous épuisent et nous désolent, les travaux excessifs dont les pauvres sont surchargés, la mollesse encore plus dangereuse à laquelle les riches s’abandonnent, et qui font mourir les uns de leurs besoins, et les autres de leurs excès; si vous songez aux monstrueux mélanges des aliments, à leurs pernicieuxS, assaisonnements, aux denrées corrompues, aux

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1. Voilà l’une de ces formules où Rousseau excelle.Les faits démentent malheureusement celle-là, et les sauvages se battent

est vrai, il l’est au même titre du sauvage.

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