‹ Morceaux choisis;Chapitre 58 sur 312 · RèGLe : Il se faut entr’aider · texte numérisé non relu

RèGLe : Il se faut entr’aider

Cf.-p..76, n.15.

2. Voir plus haut p. 94, leS qui commence par « Examinez le comique de cet auteur...».

3. En étuaiant tout le paradoxe qui va suivre, il ne faut pas oublier que les moralistes de Ja première moitié du 18° siècle accordaient en effet une place excessive aux qualités de «l’homme aimable, de l’homme de société». Toussaint, par exemprie, dans ses Mœæurs ou Duclos dans ses Considérations sur Les mœurs de ce siècle. (Voir {ntroduction, p. 29). Moncrif publie un Æssai

sur la nécessité et les moyens de plaire (1738),réédité dans les Œuores (1751). Voir aussi les Caractéres de. M»: de Puisieux (1750). Les critiques de Rousseau sur la morale des salons sont développées par Saint-Preux dans je Nouvelle Héloïse (KE, lettres 19 et 21). Il y a donc dans Ja diatribe contre le Misanthrope autre chose que ce qu'on y à vu. Ce n’est pas seulement une défense indirecte faite par Rousseau de son caractère.

4. Au figuré, on le dit[persons nagc|dansiesens de rôle» (Dict,.

de Féraud, 1785).

LETTRE A D'ALEMBER1 97

Vie est un songel. Si vous vous rappelez le héros de cette pièce, voilà le vrai misanthrope.

Qu'est-ce donc que le misanthrope de Molière? Un homme de bien qui déteste les mœurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains ; qui, précisément parce qu’il aime ses semblables, hait en eux les maux qu'ils se font réciproquement et les vices dont ces maux sont l’ouvrage. S'il était moins touché des erreurs de l’humanité, moins indigné des iniquités qu’il voit; serait-il plus humain luimême ? Autant vaudrait soutenir qu’un tendre père aime mieux les enfants d'autrui que les siens, parce qu’il s'irrite des fautes de ceux-ci et ne dit jamais rien aux autres.

Ces sentiments du misanthrope sont parfaitement développés dans son rôle. Il dit, je l'avoue, qu’il a conçu une haine effroyable contre le genre humain. Mais en quelle occasion le dit-il ? Quand, outré d’avoir vu son ami trahir lächement son sentiment et tromper l’homme qui le? lui demande, il s’en voit encore plaisanter lui-même au plus fort de sa colère.Il est naturel que cette colère dégénère en emportement et lui fasse dire alors plus qu’il ne pense de sang-froid. D'ailleurs la raison qu'il rend3 de cette haine universelle en justifie pleinement la cause :

« Les uns parce qu'ils sont méchants, Et les autres, pour être aux méchants complaisantss, »

Ce n’est done pas des hommes qu’il est ennemi, mais de la méchanceté des uns et du supporti que celle méchanceté trouve dans les autres. S'il n’y avait ni fripons ni flatteurs, il aimerait tout le genre humain. Il n’y a pas un homme de bien qui ne soit misanthrope en ce sens ; ou plutôt les

1. Pièce italienne d’auteur inconnu, traduite et publiée en 1718 par Gueullette. Boissy l’a imitée et publiée dans ses Œuores (représentée en 1732).

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