Acte IV, sc. 3. ltères
les actions de Philinte et d’Alceste dans une apparente opposition avec leurs principes, et dans une conformité parfaite avec:leurs caracières. Je veux dire qu’il fallait que le misanthrope fût toujours furieux contre les vices publics, et toujours tranquille sur les méchancetés personnelles dont ilétait la victime. Au contraire, le philosophe Philinte, devait voir tous les désordres de la société avec un flegme stoïque, et se mettre en fureur au moindre mal qui s’adressait directement à lui. En effet, jobserve que ces gens si paisibles sur les injustices publiques sont toujours ceux qui font le plus de bruit au moindre tort qu’on leur fait, et qu'ils ne gardent leur philosophie qu'aussi longtemps qu'ils n’en ont pas besoin pour eux-mêmes. Ils ressemblent à cet Irlandais qui ne voulait pas sortir de son Jit, quoique le feu füt à la maison. «La maison brûle, lui criait-on. — Que m'imporle ? répondait-il, je n’en suis que le locataire. » A la fin le feu pénétra jusqu’à lui. Aussilôt il s’élance, il court, il crie, il s’agite ; il commence à comprendre qu’il faut quelquefois prendre intérêt à la maison qu'on habite, quoiqu'elle ne nous appartienne pas.
Il me semble qu'en traitant les caractères er question sur! cette idée, chacun des deux eüt été plus vrai, plus théâtral, et que celui d’Alcestie eût fait incomparablement plus d'effet: mais le parterre alors n'aurait pu rire qu'aux dépens de l'homme du monde; et l'intention de l’auteur était qu'on rit aux dépens du misanthrope?.
Dans la même vue, il lui fait tenir quelquefois des propos d'humeur‘ d’un goût tout contraire à celui qu’il lui donne. Telle est cette pointe de la scène du sonnet:
« La peste de ta chute, empoisonneur au diable ! En eusses-tu fait une à te casser le nez!»
pointe d'autant plus déplacée dans la bouche du misanthrope, qu’il vient d’en critiquer de plus supportables dans le sonnei d’Oronte, et il est bien étrange que celui qui la
1. C'est-à-dire en s'appuyant sur cette idée, sens que la préposition avait souvent au 17° siècle.
2, Je ne doute point que, sur l'idée que je viens de proposer, un homme degéniene pût faire un nouveau HMisanthrope, non moins vrai, non moins naturel que l’athénien,égal en mériteà celui de Molière, eb sans comparaison plus instructif, Je ne vois qu'un inconvénient à cette nouvelle pièce, c’est qu'il serait impossible qu’elle réussit;
car, quoi qu’on dise, en choses qui déshonorent, nul ne rit de bon cœur à ses dépens. Nous voilà rentrés dans mes principes. (Vote de Rousseau.) Fabre d'Eglantine a suivi le conseil de Rousseau, âans sa
Jiéce intitulée Le Philinte de.
folière ou la suile du Misanthrope: (1791).