‹ Morceaux choisis;Chapitre 71 sur 312 · Rousseau devait le revoir malgré lui, pendant son exil à · texte numérisé non relu

Rousseau devait le revoir malgré lui, pendant son exil à

Motiers-Travers, dans le canton

de Neuchâtel.

même spectacle, et cherchons ce qui doit résulter de son établissement.

Je vois d’abord que leurs travaux, cessant d’être leurs amusements aussitôt qu'ils en auront un autre, celui-ci les dégoûtera des premiers, le zèle ne fournira plus tant deloisir, ni les mêmes inventions. D'ailleurs il y aura chaque jour un temps réel de perdu pour ceux qui assisteront au spectacle ; et l’on ne se remet pas à l'ouvrage l’esprit rempli de cequ'’on vientde voir; on en parle, ou l’on y songe. Par conséquent relächement de travail : premier préjudice.

Quelque peu qu’on paye à la porte, on paye enfin ; c'est toujours une dépense qu’on ne faisait pas. Il en coûte pour soi, pour sa femme, pour ses enfants, quand on les y mène, et il les y faut mener quelquefois. De plus, un ouvrier ne va point dans une assemblée se montrer en habit de travail; il faut prendre plus souvent ses habits des dimanches, changer de linge plus souvent, se poudrer, se raser: tout cela coûte du temps et de l’argent. Augmentation de dépense : deuxième préjudice.

Un travail moins assidu et une dépense plus forte exigent un dédommagement. On le trouvera sur le prix des ouvrages qu'on sera forcé de renchérir. Plusieurs marchands, rebutés de cette augmentation, quitteront les Montagnons! et se pourvoiront chez les autres Suisses leurs voisins, qui, sans être moins industrieux, n'auront point de spectacles, et n’augmenteront point leurs prix. Diminution de débit: troisième préjudice.

Dans les mauvais temps, les chemins ne sont pas praticables ; et comme il faudra toujours, dans ces temps-là, que la troupe vive, elle n’interrompra pas ses représentations. On ne pourra done éviter de rendre le spectacle abordable en tout temps. L'hiver il faudra faire des chemins dans Ia neige, peut-être les paver; et Dieu veuille qu’on n’y mette pas des lanternes ! Voilà des dépenses publiques, par conséquent des contributions de la part des particuliers. Etablisssement d'impôts : quatrième préjudice.

Les femmes des Montagnons, allant d’abord pour voir, et ensuite pour être vues, voudront être parées: elles voudront l'être avec distinction; la femme de M. le justicier? ne

J. C’est le nom qu’on donne dans le pays aux habitants de cette mon-

30 e tagne (*). (Note de Rousseau.)

(*) Plus exactement les Montagnons étaient les habitants des trois régions montagneuses du

pays de Neuchâtel par opposi- Lion avec ceux des « vallées » et du « vignoble ».

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