CRISE EUR
Ré NE D nn cmt és :
LETTRE À D'ALEMBERT ati
san pour un atelier de mécanique et pour un cabinet de physique expérimentale.Tous savent un peu dessiner, peindre, chiffrer ; la plupart jouent de la flûte; plusieurs ont! un peu de musique et chantent juste. Ces arts ne leur sont point enseignés par des maîtres, mais leur passent, pour ainsi dire, par tradition. De ceux que j'ai vus savoir la musique, l’un me disait l'avoir apprise de son père, un autre de sa tante,un autre de son cousin ; quelques-uns croyaient l’avoir toujours sue. Un de leurs plus fréquents amusements est de éhanter avec leurs femmes et leurs enfants les psaumes à quatre parties ; et l’on est tout étonné d’entendre sortir de ces cabanes champêtres l'harmonie forte et mâle de Goudimel?, depuis si longtemps oubliée de nos savants artistes.
Je ne pouvais non plus me lasser de parcourir ces charmantes demeures, que* les habitants de m’y témoigner la plus franche hospitalité. Malheureusement j'étais jeune; ma curiosité n’était que celle d’un enfant, et je songeais plus à m'amuser qu'à m'instruire. Depuis trente ans {, le peu d’observations que je fis se sont? effacées dans ma mémoire. Je me souviens seulement que j’adimirais sans cesse, en ces hommes singuliers, un mélange étonnant de finesse et de simplicité, qu’on croirait presque incompatibles, et que je n'ai plus observé nulle part. Du reste, je n’ai rien retenu de leurs mœurs, de leur société, de leurs caractères. Aujourd’hui que j'y porterais d’autres yeux, faut-il ne revoir plus cet heureux pays? Hélas! il est sur la route du mien.
Après cette légère idée, supposons qu’au sommet de la montagne dont je viens de parler,au centre des habitations, on établisse un spectacle fixe et peu coûteux, sous prétexte, par exemple, d'offrir une honnête récréation à des gens continuellement occupés, et en état de supporter cette petite dépense ; supposons encore qu’ils prennent du goût pour ce
1. Cet emploi du verbe avoir a persisté dans quelques expressions : «avoir des lettres... de la lecture, etc. »
2. Musicien franc-comtois du 16esièclequia composéun chant à 4 parties surla traduction des psaumes parMarot et Théodore de Bèze.