RÉGLE: ZI se faut entr’aider
Voir p. 76, n. 5.
6. C’est ce qui faisait dire à Diderot que le style en était «feuillet » (— feuillu, touffu), A vrai dire, il n’y a dans ces deux
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Analyse et Extraits.
| Le Voyage du Valais. |
[Saint-Preux, précepteur de Julie d’Etange, s’est épris d'amour pour son élève. Julie lui a avoué qu'elle l’aimait. Mais leur tendresse semble sans espoir, car Saint-Preux est roturier et M. d’Etange ne mariera sa fille qu’à un homme de son rang. Par prudence et pour éviter que leurs sentiments ne se trahissent, Julie a demandé à Saint-Preux de s'éloigner pendant quelque temps et d’achever quelques affaires qui l’appelaient dans le Valais. Saint-Preux en voyage écrit à Julie la lettre suivante.]
A peine ai-je employé huit jours à parcourir un pays qui demanderait des années d'observation : mais, outre que la | neige me chasse, j'ai voulu revenir au-devant du courrier : qui m’apporte, j'espère, une de vos lettres. En attendant | qu’elle arrive, je commence par vous écrire celle-ci, après « laquelle j'en écrirai, s’il est nécessaire, une seconde pour répondre à la vôtre. |
Je ne vous ferai point ici un détail! de mon voyage et de mes remarques ; j'en ai fait une relation que je compte vous porter. Il faut réserver notre correspondance pour les choses qui nous touchent de plus près l’un et l’autre. Je me contenterai de vous parler de la'situation de mon âme : il est juste de vous rendre compte de l’usage qu’on fait de votre bien.
J'étais parti, triste de mes peines et consolé de votre joie?; ce qui me tenait dans un certain état de langueur qui n’est pas sans charme pour un cœur sensible. Je gravissais lentement et à pied des sentiers assez rudes, conduit par un homme que j'avais pris pour être mon guide,et dans lequel, durant toute la route, j’ai trouvé plutôt un ami qu’un mercenaire. Je voulais rêver, et j’en étais toujours détourné par quelque spectacle inattendu. Tantôt d'immenses roches pendaient en ruines* au-dessus de ma tête. Tantôt de hautes et
premières parties à peu près au- | bouléversa les contemporains. cune action nicomposition. C’est 1. Nous dirions Le détail ou (avec un recueil de lettres d'amour. | une épithète) un long détail. Tout ce morceau est d’une ex- :. À cause du retour ‘du père trême importance pour bien de Julie.
comprendre la nouveauté de la 3. Expression traditionnelle
Nouvelle Héloïse et l’ardent ac- | et empruntée au latin (ruinis centdesincérité et d'émotion qui | pendebant).
bruyantes cascades m'’inondaient de leur épais brouillard. Tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n’osaient sonder la profondeur. Quelquefois je me perdais dans l’obscurité d’un bois touffu.Quelquefois, en sortant d’un gouffre, une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards!. Un mélange étonnant de la nature sauvage el de la nature cuitivée montrait partout la main des hommes, où l’on eût cru qu'ils n’avaient jamais pénétré : à côté d’une caverne on trouvait des maisons ; on voyait des pampres secs où l’on n’eûùt cherché que des ronces, des vignes dans des terres éboulées, d'excellents fruits sur des rochers, et des champs dans des précipices.
Ce n’était pas seulement le travail des hommes qui rendait ces pays étranges si bizarrement contrastés ; la nature semblait encore prendre plaisir à s’y mettre en opposition avec elle-même, tant on la trouvait différente en un même lieu sous divers aspects. Au levant les fleurs du printemps, au midi les fruits de l’automne, au nord les glaces de l’hiver : elle réunissait toutes les saisons dans le même instant, tous les climats dans le même lieu, des terrains contraires sur le même sol, et formait l’accord inconnu partout ailleurs des productions des plaines et de celles des Alpes. Ajoutez à tout cela les illusions de l'optique, les pointes des monts différemment éclairées, le clair obscur du soleil et des ombres?, et tous les accidents de lumière qui en résultaient le matin et le soir; vous aurez quelque idée des scènes continuelles qui ne cessèrent d'attirer mon admiration, et qui semblaient m'être offertes en un vrai théatre : car la perspective des monts étant verticale frappe les yeux tout à la foiset bien plus puissamment que celle des plaines, qui ne se voit qu'obliquement, en fuyant, et dont chaqué objet vous en cache un autres.