REGLE : Essayer à ou essaer de.(Voir p. 94. n
transporté; mais j'y trouvai trop d'ornement et d’art pour mes personnages. Il me fallait cependant un lac!, et je finis par choisir celui autour duquel mon cœur n’a jamais cessé d’errer. Je me fixai sur la partie des bords de ce lac à laquelle depuis longtemps mes vœux ont placé ma résidence dans le bonheur imaginaire auquel Le sort m’a borné?. Le lieu natal de ma pauvre maman* avait encore pour moi un attrait de prédilection. Le contraste des positions, la richesse et la variété des sites, la magnificence, la majesté de l’ensemble qui ravit les sens, émeut le cœur, élève l’âme, achevèrent de me déterminer, et j'établis à Vevey mes jeunes pupilles. Voilà tout ce que j'imaginai du premier bond ; le reste n’y fut ajouté que dans la suite.
Je me bornai longtemps à un plan si vague, parce qu’il suflisait pour remplir mon imagination d'objets agréables, et mon cœur de sentiments dont il aime à se nourrir. Ces fictions, à force de revenir, prirent enfin plus’ de consistance, et se fixèrent dans mon cerveau sous une forme déterminée. Ce fut alors que la fantaisie me prit d'exprimer sur le papier quelques-unes des situations qu’elles m'’offraient; et rappelant tout ce que j'avais senti dans ma jeunesse, de donner ainsi l'essor en quelque sorte au désir d'aimer, que je n'avais pu satisfaire, et dont je me sentais dévoré.
Je jetai d’abord sur le papier quelques lettres éparses, sans suite et sans liaison, et, lorsque je m’avisai de les vouloir coudreÿ, j'y fus souvent fort embarrassé. Ce qu’il y a de peu croyable et de très vraiest que les deux premières parties ont été écrites presque en entier de cette manière, sans que j’eusse aucun plan bien formé, et même sans prévoir qu’un jour je serais tenté d’en faire un ouvrage en règle. Aussi voit-on que ces deux parties, formées après coup de matériaux qui n’ont pas été taiilés pour la place qu'ils occupent, sont pleines d’un remplissage verbeux
. qu'on ne trouve pas dans les autres,