‹ Morceaux choisis;Chapitre 79 sur 312 · Cette dernière remarque est · texte numérisé non relu

Cette dernière remarque est

gue et se borne à des généralités, où le souci de l’antithèse tient plus de place que celui du pittoresque. Rousseau a mieux senti la montagne qu'il ne l’a vue. Il faudra attendre Ramond [Notes au Voyage en Suisse, de Coxe (en 1582) et Observations faites dans les Pyréhées (1789), pour trouver des images plus précises. :

* Comparer cette description avec celle de la promenade sur

J'attribuai, durant la première journée, aux agréments de cette variété le calme que je sentais renaître en moi. J'admirais l'empire qu'ont sur nos passions les plus vives

les êtres les plus insensibles, et je méprisais la philosophie !

de ne pouvoir pas même autant sur l’âme qu’une suite d’objets inanimés!. Mais cet état paisible ayant duré la nuit et augmenté le lendemain,-je ne tardai pas de juger qu’il avait encore quelque autre cause qui ne m'était pas connue. J’arrivai ce jour-là sur des montagnes les moins élevées, et, parcourant ensuite leurs inégalités, sur celles des plus hautes qui étaient à ma portée. Après m'être promené dans les nuages, j’atteignais un séjour plus serein, d’où l’on voit dans la saison le tonnerreet l’orage se former au-dessous de soi ;image trop vaine de l’âme du sage, dont l'exemple n’exista jamais, ou n'existe qu'aux mêmes lieux d’où l’on en a tiré l’emblème?. ;

Ce fut là que je démêlai sensiblement dans la pureté de l’air où je me trouvais la véritable cause du changement de mon humeur, et du retour de cette paix intérieure que j'avais perdue depuis si longtemps$. En effet, c’est une impression générale qu'éprouvent tous les hommes, quoiqu’ils ne l’observent pas tous, que sur les hautes montagnes, où l’air est pur et subtil, on se sent plus de facilité dans la respiration, plus de légèreté dans le corps, plus de sérénité dans l'esprit; les plaisirs y sont moins ardents, les passions plus modérées. Les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime, proportionné aux objets qui nous frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n’a rien d’âcre et de sensuel. Il semble qu’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu’à mesure qu’on approche des régions éthérées, l’âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté. On y est grave sans mélancolie, paisible sans indolence, content d’être et de penser : tous les désirs trop vifs s’'émoussent ; ils perdent cette pointe aiguë qui les rend douloureux ; ils ne laissent au fond du cœur qu’une émotion légère et douce ; et c’est ainsi qu’un heureux climat fait servir à la félicité de l’homme les passions qui font ailleurs

le lac (Lecture expliquée, p. 58), notre âme au spectacle des ou le Jardin de Julie). choses.

1. Il s’agit ici d’une impres- 2. C'est-à-dire : que dans les sion, et Rousseau les note aussi | hautes montagnes d’ou l’on a tire

fortement qu’il insiste peu sur le pittoresque. C’est la première fois que l’on marquait aussi clairement le lien qui peut unir

le symbole de l'homme qui domine Les orages.

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