Voltaire. — On venait par exemple de représenter (3 sept
1760) la tragédic de Tancrède où l'on voit l'entrée d’un champ clos pour un dueljudiciaire avec des boucliers suspendus, des armoiries el des devises, etc.
ÿ 4 e A, F SE £ \ Los de
LA NOUVELLE IÉLOIÏSE . 133
gues bien agencés, bien ronflants, où l’on voit d’abord que le premier soin de chaque interlocuteur est toujours celui de briller. Presque tout s’énonce en maximes générales. Quelque agités qu'ils puissent êlre, ils songent toujours plus au public qu’à eux-mêmes; une sentence leur coûte moins qu’un sentiment ; les pièces de Racine et de Molière! exceptées, le je est presque aussi scrupuleusement banni de la scène française que des écrits de Port-Royal, et les passions humaines, aussi modestes, que l'humilité chrétienne, n’y parlent jamais que par on. Il y a encore une cerlaine dignité maniérée dans le geste et dans le propos qui ne permet jamais à la passion de parler exactement son lanlangage? ni à l’auteur de revêtir son personnage et de se transporter au lieu de la scène, mais le tient toujours en chaîné sur le théâtre et sous les yeux des spectateurs. Aussi les situations les plus vives ne lui font-elles jamais oublier un bel arrangement de phrases ni des attitudes élégantes ; et si le désespoir lui plonge un poignard dans le cœur, non content d'observer la décence en tombant comme Polyxène, il ne tombe point; la décence le maintien debout après sa mort, et tous ceux qui viennent d’expirer s’en retournent l'instant d’après sur leurs jambes.
Tout cela vient de ce que le Français ne cherche point sur la scène le naturel et l'illusion, et n’y veut que de l'esprit et des pensées ; il fait cas de l’agrément et non de l'imitation, et ne se soucie pas d’être séduit, pourvu qu’on l’amuset. Personne ne va au spectacle pour le plaisir du spectacle, mais pour voir l’assemblée, pour en être vu, pour ramasser de quoi fournir au caquet après la pièce ; et l’on ne songe à ce qu’on voit que pour savoir ce qu’on en dira. L’ac- . teur pour eux est toujours l’acteur, jamais le personnage qu’il représente. Cet homme qui parle en maître du monde n’est point Auguste, c’est Baron; la veuve de Pompée est
I. Il ne faut point associer en ceci Molière à Racine ; car le premier est, comme tous les autres, plein de maximes et de sentences, surtout dans ses pièces en vers : mais chez Racine, toub est sentiment ; il a su faire parler chacun pour soi, et c’est en cela qu'il est vraiment unique parmi les auteurs dramatiques de sa nation. (Vote de Rousseau.)
2, Il s’agit surtout ici de la question du «style noble », acceplté sans conteste au début du 18° siècle aussi bien par Boileau que par La Motte, mais qui
commençait à être discuté. Par exemple, un auteur de poème descriptif, en 1758, réclame le droit de parler d’arrosoir, de fumier (Gouges de Gessières).
Même protestation dans le Mercure de France, la même année.
Après 1965, les partisans de la liberté du stylese multiplieront.
3. Polyxène, petite fille de Priam,immolée par Néoptolème sur le tombeau d'Achille, après la prise de Troie.
4. Mèmes critiques dans le livre de lÆspril d'Helvétius (1555).
Adrienne 1; Alzire est M°° Gaussin ; et ce fier sauvage est Grandval?. Les comédiens, de leur côlé, négligent entièrement l'illusion, dont ils voient que personne ne se soucie. Ils placent les héros de l'antiquité entre six rangs de jeunes Parisiens ; ils calquent les modes françaises sur l’habit romain ; on voit Cornélie en pleurs avec deux doigts de rouge, Caton poudré à blanc, et Brulus en paniers. Tout cela ne choque personne, et ne fait rien au succès des pièces : comme on ne voit que l’acleur dans le personnage, on ne voit non plus que l’auteur dans lé drame : et si le costume est négligé, cela se pardonne aisément : car on sait bien que Corncille n’était pas tailleur, ni Crébillon per-
ruquierf. | Maladie de Julies. |
[Pendant que Saint-Preux est à Paris le drame s’est brusquement précipité. M®° d'Etange a découvert le secret des amours de sa fille. Pour éviter une catastrophe, elle a fait demander à Saint-Preux de renoncer pour toujours à Julie. Saint-Preux a consenti pour le repos de celle qu'il aime. M"° d'Etange meurt sur ces entrefaites et M. d'Etange, informé par sa fi le qu’elle aime Saint-Preux et qu'elle a promis de n'être qu’à lui, somme le jeune homme de la dégager de sa promesse. Saint - Preux rend à Julie sa parole. Mais tant d'émotions l'ont épuisée, Elle tombe malade de la petite vérole. Saint-Preux informé du danger accourt,
Dans l’Zlectre de Crébillon elle parut en habit d'esclave, échevelée, chargée de chaînes. Elle eut le plus grand” succès (Voir
1. Adrienne Lecouvreur. Tous ces noms sont ceux de comédiens célebres à cette date.