‹ Morceaux choisis;Chapitre 97 sur 312 · Le père de la vie = l’amour · texte numérisé non relu

Le père de la vie = l’amour

La figure de style manque de simplicité. L'esprit et le style que Rousseau prête à Claire d'Orbe ne sont d’ailleurs pas

toujours du meilleur aloi.

2. Rousseau a choisi avec raison cette lettre pour le sujet de l’une des estampes que dessina Gravelot. La scène était infiniment neuve pour toules sortes de raisons. La passion y triomphe éloquemment de la prudence de Claire. L’intensité des émotions s’exprimait dans un langage vivant. Surtout, la scène échappe au reproche que Rousseau faisait à la tragédie

sont choisis et groupés avec

un sens profond du pittoresque

dramatique.

.3. Il y avait déjà une discussion sur le suicide dans les -

Mœurs de Toussaint (1748).

4. Voir un exemple analogue de répétition oratoire p. 103 et note 2.

*'Rechercher les principaux

procédés oratoires de Rousseau, -

répétitions, apostrophes, etc.

LA NOUVELLE HÉLOÏSR 139

pien savoir si {u as commencé. Quoi! fus-tu placé sur la terre pour n’y rien faire ? Le ciel ne t’imposa-t-il point avec la vie une tâche pour la remplir ? Si tu as fait La journée avant le soir, repose-toi le reste du jour, tu le peux: mais voyons ton ouvrage. Quelle réponse tiens-tu prête au juge suprême qui te demandera compte de ton temps? Parle,que lui diras-tu ? «J'ai séduit une fille honnète; j’abandonne un ami dans ses chagrins!». Malheureux ! trouve-moi ce juste qui se vante d’avoir assez vécu; que j'apprenne de lui comment il faut avoir porté? la vie pour être en droit de la quitter.

Ju comptes les maux de l'humanité: tu ne rougis pas d’épuiser des lieux communs cent fois rebattus, et tu dis : « La vie est un mal3. » Mais regarde, cherche dans l’ordre des choses si tu y trouves quelques biens qui ne soient point mêlés de maux. Est-ce donc à dire qu’il n’y ait aucun bien dans l’univers ? et peux-tu confondre ce qui est mal par sa nature avec ce qui ne souffre le mal que par accident ? Tu l’as dit toi-même, la vie passivet de l’homme n’est rien, et ne regarde qu’un corps dont il sera bientôt délivré ; mais sa vie active et morale, qui doit influer sur tout son être, consiste dans l’exercice de sa volonté. La vie est un mal pour le méchant qui prospère, et un bien pour l’honnêle homme infortuné ; car ce n’est pas une modification passagère, mais son rapport avec son objet, qui la rend bonne ou mauvaiseÿ. Quelles sont enfin ces douleurs si cruelles qui te forcent de la quitter ? Penses-lu que je n’aie pas démêlé, sous ta feinte impartialité dans le dénombrement des maux de cette vie, la honte de parler des tiens? Crois-moi, n’abandonne pas à la fois toutes tes vertus; garde au moins ton ancienne franchise, et dis ouvertement à ton ami: « J'ai perdu l'espoir de corrompre une honnête

phique de Rousseau n'atteint souvent la concision que par un

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