‹ Morceaux choisis. Recueillis et annotésChapitre 25 sur 43 · LES DEUX AMIS DE DOURBOXNE · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS DE DOURBOXNE

« Ce furent ses enfants, en rôdant autour de la cabane, qui le virent les premiers. Tandis qu'il s'arrêtait à caresser le plus jeune, dont il était le parrain, les autres entrèrent dans la cabane en criant : « Félix I Félix I » Le père et la mère sortirent en répétant le même cri de joie ; mais ce misérable était si harassé de fatigue et de besoin qu'il n'eut pas la force de répondre, et qu'il tomba presque défaillant entre leurs bras. Ces bonnes gens le secoururent de ce qu'ils avaient, lui donnèrent du pain, du vin, quelques légumes ; il mangea et s'endormit.

« A son réveil, son preniier mot fut : « Olivier ! Enfants, ne savez-vous rien d'Olivier? — Non, » lui répondirent-ils. Il leur raconta l'aventure de Reims ; il passa la nuit et le jour suivant avec eux. Il soupirait, il prononçait le nom d'Olivier ; il le croyait dans les prisons de Reims ; il voulait y aller, il voulait aller mourir avec lui, et ce ne fut pas sans peine que le charbonnier et la charbonnière le détournèrent de ce dessein.

« Sur le milieu de la seconde nuit, il prit un fusil, il mit un sabre sous son bras, et s'adressant à voix basse au charbonnier: Charbonnier! — Félix t — Prends ta cognée et marchons. — Oir ? — Belle demande ! chez Olivier. » Ils vont; mais, tout en sortant de la forêt, les voilà enveloppés d'un détachement de maréchaussée.

« Je m'en rapporte à ce que m'en a dit la charbonnière ; mais il est inouï que deux hommes à pied aient pu tenir contre uns vingtaine d'hommes à cheval; apparemment que ceux-ci étaient épars, et qu'ils voulaient se saisir de leur proie en vie. Quoi qu'il en soit, l'action fut très-chaude ; il y eut cinq chevaux d'estropiés et sept cavaliers de hachés ou sabrés. Le pauvre charbonnier resta mort sur la place, d'un coup de feu à la tempe; Félix regagna la forêt, et comme il est d'une agilité in-

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