‹ Morceaux choisis. Recueillis et annotésChapitre 33 sur 43 · GREUZE · texte numérisé non relu

GREUZE

L'Accordée de village. ^

Enfin je l'ai vu, ce tableau de notre ami Greuze ; mais ce n'a pas été sans peine : il continue d'attirer la foule. C'est Un père qui vient de payer la dot de sa fille. Le sujet est pathétique, et l'on se sent gagner d'une émotion douce en le regardant. La composition m'en a paru très-belle : c'est la chose comme elle a dû se passer. 11 y a douze figures ; chacune est à sa place, et fait ce qu'elle doit. Gomme elles s'enchainent toutes ! comme elles vont en ondoyant et en pyramidant ! Je me moque de ces conditions : cependant quand elles se rencontrent dans un morceau de peinture par hasard, sans que le peintre ait eu la pensée de les y introduire, sans qu'il leur ait rien sacrifié, elles me plaisent.

A droite de celui qui regarde le morceau est un ta-

* Jean-Baptiste Greaze, né à Toiirnus (Saone-et-Loire), le 21 août l"2f), fut élève d'un peintre obscur de Lyon, et vint à Paris dessiner d'après le modèle vivant. Ses précoces dispositions le firent agréer par l'Académie en 1755 et envoyer en Italie l'année suivante; il revint deux ans plus tard, adopta le genre qui devait faire sa gloire et sa fortune, et, entraîné par le snccès, ne fournit qu'en 1761) le tableau qu'aux termes des statuts de l'Académie royale, il devait présenter pour être élu académicien: c'est le Sérère reprochant à Caracalla d'avoir roulu l'assassiner dont il est question plus loin: il valut à Greuze l'humiliation d'être reçu comme peintre </c (?cnrc, malgré le snjet qu'il avait choisi. Greuze, blessé, ne reparut aux Salons qu'après 1789, mais sa vogue était passée, l'âge était venu et des chagrins domestiques achevèrent d'accabler le vieil artiste, qui mourut à Paris le 21 mars 1805, dans la plus cruelle indigence. Ses tableaux, ifessins et esquisses, tour à toar trop vantés et trop discrédités, ont pris une valeur considérable dans les ventes publiques des vingt dernières années.

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