‹ Morceaux choisis. Recueillis et annotésChapitre 4 sur 43 · A'IE DE DIDEROT. XIII · texte numérisé non relu

A'IE DE DIDEROT. XIII

allaient bientôt devenir ses principaux ou plutôt ses seuls moyens d'existence, car le coutelier, irrité de son insubordination, lui coupa les vivres. Diderot quitta M. Clément .de Ris, prit une chambre garnie et continua ses études favorites. Sa mère lui envoyait secrètement quelques louis par une servante qui fit trois fois à pied le voyage de Langres à Paris, s'en retournant de même et ajoutant encore ses humbles épargnes à celles de sa maîtresse. Madame de Vandeul, qui avait pu voir cette courageuse fille « dont soixante ans de service n'avaient altéré ni la tête ni la sensibilité », ne nous a malheureusement pas dit son nom ; on aimerait à le connaître, afin de mieux honorer l'un de ces dévouements fréquents alors et sans exemple, peul-ètre, aujourd'hui.

L'existence de travail obscur et de privations vaillamment endurées, que s'était imposée Diderot, dura environ dix ans. On n'a que fort peu de renseignements sur cette période : il donnait des leçons de mathématiques, traduisait de l'anglais, écrivait des serm.ons ; un missionnaire qui partait pour les colonies portugaises lui en demanda six qu'il paya cinquante écus pièce. « Mon père estimait celte affaire une des bonnes qu'il eût faites. » Un jour, las de cette vie besoigneuse, il accepta la place de précepteur des enfants de M. Randon de Boisset, riche financier, mais, au bout de quelques mois, il résigna ses fonctions, ne pouvant s'astreindre à la monotonie de l'existence qu'il était contraint de mener. Il retomba dans son ancienne misère, au point de rester toute une journée — c'était un mardi-gras, — sans prendre aucune nourriture; il fut secouru le soir par son hôtelière qui s'aperçut de sa détresse. « Ce jour-là, disait-il plus tard à madame de Vandeul, je jurai, si jamais je possédais quelque chose, de ne refuser de ma vie un indigent, de ne jamais condamner mon semblable à une journée aussi pénible. » « Jamais, ajoute-t-elle, jamais serment ne fut plus souvent et plus religieusement observé. »

En 1741, il fit la connaissance de mademoiselle Anne-Antoinette Champion, dont il ne tarda pas à demander la main : il ne l'obtint qu'en 174fi et l'épousa, sans le consentement de son père. Diderot publia en 1746 le premier travail qui nous soit connu avec certitude : une traduction d'un livre

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