‹ Morceaux choisis. Recueillis et annotésChapitre 8 sur 43 · VIE DE DIDEI'.OT. XVII · texte numérisé non relu

VIE DE DIDEI'.OT. XVII

gendre autour de l'œuvre et de ihomme une nuée d'ennemis ; l'un des plus ardents, mais l'un des plus méprisables à coup sûr, fut Charles Palissot de Montenoy qui, fort de la protection de quelques grandes dames, bafoua, en 1760, dans une comédie intitulée les Philosophes tout le parti encyclopédique, et Diderot entre autres sous le nom de Dortidius ' : quant à Rousseau, il l'y représentait marchant à quatre pattes, raillerie, d'autant plus intelligible qu'elle était plus grossière, de l'apologie qu'il avait faite de l'état de nature.

Cette attaque directe et cent autres, dont je n'ai ni la place ni le loisir de m'occuper ici. ne refroidissaient pas la volonté de Diderot: ainsi qu'il l'écrivait à Voltaire, il s'éveillait chaque matin avec l'espoir que les méchants s'étaient amendés pendant la nuit. La réaction était alors dans toute sa violence et l'on pouvait craindre d'un jour à l'autre que la protection tacite accordée au directeur de ['Encyclopédie ne cédât devant les efforts de la cabale. Voltaire, qui avait jadis appris h ses dépens ce qu'il en coûtait pour vouloir émanciper les esprits et qui, depuis plusieurs années, avait mis la frontière entre lui et la Bastille, Voltaire suppliait Diderot de venir le rejoindre en Suisse ; et Diderot s'y refusait en alléguant les plus éloquents et les plus sérieux motifs. Voltaire n'in>istait pas, mais il imaginait un autre plan de campagne destiné à assurer à « frère Platon » une tranquillité relative : il voulait le faire entrer à l'Académie française. D'Alembert, le représentant le plus accrédité du patriarche de Ferney dans la compagnie, se prêtait assez mollement à la combinaison, il faut le reconnaître, et un mot de Louis XV, à qui l'on parlait de cette candidature qu'il devait ratifier en sa qualité de protecteur de l'Académie, arrêtait toutes les négociations : « Il a trop d'ennemis » , auraitil dit; l'affaire en resta là.

Ce n'est pas en France que Diderot devait rencontrer la protection efficace qui eut tant d'inlluence sur les vingt dernières années de sa \ie; Catherine II, impératrice de Russie, avait reporté sur les philosophes français un peu de l'admiration qu'elle avait conçue depuis longtemps pour Voltaire. Des

' Voir ce portrait, p. 1.38 du présent volume.

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