Horrzmanx
2, B. Waiss, 193.
LE GRAND COMMANDEMEXNT 167
cette réponse a été mise dans la bouche de Jésus pour lui faire honneur et pour permettre de la classer parmi les répliques victorieuses que le Sauveur fit à Jérusalem ? L'idée n’était pas heureuse, et l’on ne réussit pas à rendre le cas suffisamment analogue aux précédents. La réplique du scribe trahirait encore la forme du récit primitif, que le rédacteur n'aurait pas osé supprimer radicalement. Ce quiest dit des sacrifices pourrait encore suggérer une autre hypothèse. Le docteur y paraît trop à son avantage, si ce détail n’est à expliquer aussi par quelque influence de la source sur le rédacteur. La sentence : « aimer son prochain vaut mieux que tous les holocaustes », est la morale de la parabole du Samaritain. Ne serait-ce pas que Marc aurait connu l’anecdote du grand commandement avec la parabole, comme Luc les présente? La finale : « Tu nes pas loin du royaume de Dieu », témoignage qui semble exagéré ou mal amené si le scribe n’a fait que recommencer le discours de Jésus, pourrait bien être un écho de ce qu’on a dù lire d’abord comme application de la parabole : « Qui des trois (prêtre, lévite, samaritain) est le plus près du royaume de Dieu? » La mention du prêtre et du lévite dans la parabole aurait suggéré au rédacteur l'idée du sacrifice. Si l’anecdote était bien placée, on pourrait supposer que le rédacteur l’a connue sous deux formes, et que la dernière, qui répond à Luc, est secondaire par rapport à l’autre. Mais comme il a dû y avoir transposition, tout peut s'expliquer par là, le dédoublement résultant de l'adaptation au contexte. Peut-être cette section, où l’on voit intervenir un scribe pharisien, a-t-elle été introduite par une sorte de compensation pour Ja péricope de l’Adultère où figuraient les pharisiens. On l'aura mise après la question des sadducéens, parce qu’on trouvait la combinaison plus facile en cet endroit, ou bien parce que la péricope de l’Adultère venait réellement à cette place et se terminait par
la réflexion : « Et depuis lors, personne n’osait plus l’interroger !. » |
Le rédacteur du premier Evangile présente la question du scribe comme posée à mauvaise intention, pendant que se fait un rassemblement hostile des pharisiens ?. L'expression dont l’évangéliste se sert pour exprimer leur entente : « ils se rassemblèrent au même endroit 3 », est empruntée au Ps. I1#, et le même passage est expressément cité dans les Actes ? comme une prophétie messianique. L'auteur grossit l'hostilité des pharisiens afin de préparer le lecteur au grand discours 6 qui sera bientôt dirigé contre eux 7. Les pharisiens ne sont pas censés avoir l'intention de venger les sadducéens ni de jouir de leur confusion ; mais ils croient pouvoir attaquer d’un autre côté l’ennemi commun, et ils espèrent obtenir de lui quelque déclaration compromettante sur un sujet qui n’a pas encore été touché. Mais on ne voit pas comment la question dont il s’agit pouvait provoquer une telle déclaration de la part du Sauveur. On l'interrogeait sur un thème de discussions scolastiques ? ; le pis qui pouvait lui arriver était de faire une réponse étrange par sa nouveauté, où les pharisiens auraient voulu trouver une preuve de son ignorance. Il n’y avait pas lieu d'attendre en pareille matière une prétention qui permit de traduire son auteur devant le tribunal de Pilate. Luc, dans la relation qu’il a donnée de cet incident, dit aussi