Jüricner, IT
Mais l'ignorance du docteur ressortait suffisamment de cette question même, et il ne serait pas étonnant, si la question a été inspirée par un sentiment de curiosité, que Jésus ait évité de répondre directement. Luc abrège la double citation scripturaire, de façon à la présenter comme un seul texte; mais ce détail est affaire de rédaction. Est-il si invraisemblable qu'un docteur juif ait fait cette réponse? N'y avait-il que Jésus qui pût associer le précepte de l’amour du prochain à celui de l’amour de Dieu ? Son orginalité n’a-t-elle pas consisté dans sa manière d’entendre les deux préceptes et de les ramener à un seul, la charité du prochain n’étant que l’imitation de la bonté divine ! ? N'est-ce pas la parabole du Samaritain, non la citation de la Loi, qui contient la doctrine de Jésus sur la charité? Marc n’aurait-il pu juger qu'il valait mieux attribuer au Christ qu'à son interlocuteur une réponse que le Christ avait approuvée ? Il serait peut-être téméraire de l’affirmer; mais il n'est sans doute pas téméraire de dire que l'opinion commune est moins sûre qu'on ne croit,
Bien que Luc se soit abstenu de reproduire la question du scribe à l'endroit où Marc l’a signalée, il a puisé dans la paraphrase du second Évangile, par un procédé tout à fait digne de remarque, une conclusion pour le récit précédent. Marc dit qu'un des scribes, ayant entendu la discussion des sadducéens et de Jésus, trouva que le Sauveur avait bien répondu. Luc ditque « certains scribes prenant la parole, dirent : « Maitre, tu as bien parlé ?. » Marc a dit pour finir : « Et nul n’osait plus l’interroger. » Luc s'empare de cette phrase, en la rattachant à la première par un «€ car » dont la tradition a été assez embarrassée