‹ Morceaux d'exégèseChapitre 14 sur 138 · Scumrenez, E. B. Il · texte numérisé non relu

Scumrenez, E. B. Il

2, Darmax, Worte Jesu, I, 209.

divin est un péché sans rémission. L'emploi du mot «fils d'homme » prêtait à équivoque; Marc évite l’inconvénient au moyen d’une paraphrase; la version dont dépendent Matthieu et Luc identifie le « fils d'homme » à Jésus, mais n’y trouve pas de difficulté parce qu'elle distingue la parole injurieuse à Jésus homme de la parole injurieuse à l'esprit divin qui est en lui. Et la distinction, bien que probablement étrangère au discours du Sauveur, ne fausse pas sa pensée. Si l’on préfère cette hypothèse, on devra supposer aussi que les trois évangélistes, et non seulement Luc, ont reproduit cette parole hors de son contexte primitif; car, dans la circonstance indiquée par Marc et par Matthieu, c’est un propos fâcheux pour Jésus qui se trouve être un blasphème contre l'Esprit, etle Sauveur paraîtraitexcuser ses adversaires en disant qu'un blasphème contre lui-même sera pardonné. Mais en quelque occasion que Jésus ait parlé de blasphème contre l'Esprit, il a dù avoir en vue ses propres œuvres, et l'expulsion des mauvais esprits étant celle qui convenait le mieux pour cette déclaration, la combinaison des deux premiers Évangiles doit avoir le genre et le degré de vérité souhaitables en pareille matière. Quand même la déclaration aurait été formulée à propos d’autres miracles, il ne serait toujours pas naturel que Jésus la fit valoir par une distinction entre sa personne et son œuvre. Il est donc probable que Marc a retenu l’idée primitive de la sentence, tout en la développant et en affirmant des péchés en général ce qui avait été dit seulement des paroles. La remarque finale, qui montre le rapport du discours de Jésus avec l'accusation des scribes, lui appartient en propre; mais on peut l'expliquer autrement que par l'intention formelle d'identifier le blasphème contre Jésus au blasphème de l'Esprit et de corriger ainsi la distinction établie dans Matthieu. Au lieu de dire simplement que le péché contre l'Esprit ne sera jamais par-

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donné !, le premier Évangile décompose l'avenir en ses deux parties, le temps et l'éternité : ni dans la vie présente ni dans la vie future le péché contre l'Esprit- Saint ne sera pardonné ?. L’impossibilité de pardon est absolue en ce sens, que l’endurcissement de ceux qui pèchent contre l'Esprit saint est prédestiné à un châtiment certain et inévitable. Les chances morales d’une conversion ne sont pas envisagées ; on les tient d’ailleurs pour si précaires qu’elles n’entrent pas en compte.

Marra. x, 33. « Ou faites l'arbre bon et son fruit bon, ou faites l’arbre mauvais et son fruit mauvais; car c'est au fruit qu’on connaît l'arbre. 34. Race de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, étant mauvais ? Car la bouche parle de l’abondance du cœur. 39. L'homme bon tire de bonnes choses du bon trésor, et l’homme mauvais tire de mauvaises choses du mauvais trésor. 36. Et je vous dis que de toute parole oiseuse que les hommes auront prononcée ils

rendront compte au jour du jugement ; 37. car c’est d’après tes paroles

que tu seras justifié, et d'après tes paroles que tu seras condamné. »

Le rédacteur du premier Évangile ajoute à ces considérations sur le blasphème contre l'Esprit saint une pensée qui peut s'adapter au présent discours, mais qui a dû être d’abord gardée à part. Elle concerne les paroles bonnes ou mauvaises, en tant que fruit du cœur, moyen de connaître les hommes, et matière de jugement divin. Matthieu ou la source dont il dépend auront voulu donner un enseignement complet sur les paroles. La comparaison de l'arbre et du fruit s’applique ici au cœur et au langage. On l’a déjà rencontrée dans le discours sur la montagne *. Certains détails qui ont l'air de retouches et

1. Marc, 29. dc 9° dv Blacpnuon eis td nveüma Td EYLoV, ox Éyet Gpeatv ele Toy aiGvx. 4AÂX Evo 0s ÉGTLY aiwv{ou GUXOTHILETOS.

9. Marru. 32. dc d'av exn xur vo nveuuoros Toù &ylou, ox apebrisero adT® oûre év roûrw T& aive oùte ëv tr uélovrt. Développement de Marc, 29. eîc vôv aivæ (cf. DaLman, I, 130). Luc, xu, 10. rü Ôè eiç rù &yrov nvcdua Phucpnuoavrt oùx apebioerar.

3, vu, 16-20.

qui servent à relier ce passage au contexte s'expliquent peut-être mieux si l'évangéliste a fait une transposition. Ainsi l'impératif : « faites l'arbre bon ! », est destiné à montrer que le discours s'adresse aux pharisiens, et l’apostrophe : « Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses étant mauvais », procède de la même intention. Mais la locution : « faites l'arbre bon » n’est pas très naturelle ; elle s'entend d’un jugement que l’orateur imposerait à ses auditeurs, et l’évangéliste aurait pu aussi bien écrire : « dites l’arbre bon »; mais le verbe « faire » vient sans doute de la source, où on sait : « l'arbre bon /ait de bon fruit ? ». De même l’apostrophe, qui veut relever cette seconde partie du discours au ton de la première et qui l’a exégéré en voulant l’égaler, se trahit comme un complément rédactionnel. La suite naturelle de l'instruction est celle qu'on trouve dans Luc:°;

En tenant compte seulement de ce qui précède, on pourrait croire que Jésus, continuant son argumentation contre les pharisiens, leur reproche de n'être pas logiques, parce qu’ils porteraient sur sa personne un jugement qui serait en contradiction avec la bonté de ses œuvres ; mais cette explication est écartée par l’ensemble du contexte, les pharisiens n’admettant pas que les œuvres de Jésus vaillent mieux que sa personne. L’argument, d’ailleurs, serait trop abstrait et subtil. Ce sont les pharisiens eux-mêmes qui sont visés dès l’abord. Si l’arbre est bon, le fruit est bon; mais les ennemis de Jésus ne peuvent donner de bons discours, émettre des jugements conformes à la vérité, à la justice et à la charité, parce que leur cœur est mauvais. Ce sens résulte très claire-

1. V.33, à morjoure vd Dévôpov xadv..., n morgoure ro Dévdpoy caxpèy xTÀ.

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