‹ Morceaux d'exégèseChapitre 22 sur 138 · x, 1 (Marc, vi · texte numérisé non relu

x, 1 (Marc, vi

3 Cf, im, 14.

pas un doute survenant après la foi, mais le premier soupçon qui s’éveille dans son esprit touchant le grand rôle qui pourrait appartenir au prédicateur de Nazareth. À plus forte raison sa question n'est-elle pas un artifice, d’ailleurs parfaitement inutile et inconcevable, pour transmettre ses disciples à Jésus. Il eût été plus simple et plus sûr de leur dire d’abord que Jésus étair le Christ, comme fait Jean dans le quatrième Evangile. L'hypothèse d’un doute se produisant après coup, parce que la conduite du Christ ne répondait pas à l’idée que Jean s'était formée du règne messianique !, aurait dû s'exprimer autrement; elle est exclue par la teneur de la question et ne peut s'appuyer sur celle de la réponse ; elle repose uniquement sur une autre conjecture, contredite par la tradition historique de l'Évangile, à savoir que Jean aurait reconnu Jésus en qualité de Messie avant de le baptiser, ou tout au moins à l’occasion de son baptème.

Jean est en prison, comme les trois Synoptiques l’ont dit plus haut?, et Josèphe nous apprend qu'il était enfermé dans la forteresse de Machéro, à l’est de la mer Morte, sur les confins du désert d'Arabie. Sa captivité n'était pas très dure : Antipas ne semble päs avoir eu d’abord l'intention de le faire périr et craignait peut-être autant de froisser l'opinion populaire en le maltraitant que de le laisser en liberté “. Les bruits du dehors arrivaient jusqu'à lui, et ses disciples pouvaient obtenir la permission de le voir. C’est donc probablement par eux, comme Luc l’a supposé, qu’il connut la renommée de Jésus et les actions que l’on pouvait interpréter comme œuvres du Christ. D’autre part, l'attitude de Jésus ne

B. Weiss, Æ. 69.

Marc, 1, 14; Marrn. iv, 12; Luc, 1m, 20.

Ant: XVII, 5,-2.

Cf. Marc, vi, 20...

een

répondait guère à l’idée qu’on se faisait du roi messianique, et Jean se trouvait ainsi dans une grande perplexité d'esprit. Afin d'en sortir, s'il était possible, et de s'éclairer lui-même, il ne vit pas d’autre ressource que de s'adresser à Jésus. Les disciples ne sont, d’après le texte évangélique et en réalité, que des intermédiaires. La question est posée par le Précurseur et pour lui; elle met très nettement Jésus en demeure de se prononcer sur la qualité qu'il s’attribue lui-même. Jean avait annoncé en quelque facon « celui qui vient », c’est-à-dire le Messie, objet des espérances israélites ; il avait prédit le grand jugement et l’avait déclaré prochain, disant que la cognée était à la racine de l’arbre ; il attendait tou- Jours, avec une impatience que le temps et la captivité n'avaient pu qu'accroitre ; il voulait savoir si le prophète galiléen était le grand envoyé ou bien encore un héraut du royaume céleste, qui le préparait sans l’amener!. Posée en ces termes, la question du Baptiste n'avait pas chance d’obtenir une réponse directe, puisque Jésus ne croyait pas pouvoir encore et ne voulait pas déclarer sa qualité de Messie. En effet, la réponse du Sauveur est évasive, au moins dans la forme, et laisse à l’interrogateur toute la responsabilité du jugement qu'il croira devoir porter sur l’objet de sa demande. Matthieu a mis cette réponse en regard du message, sans s'arrêter au détail de la transmission. Luc qui n’a pas, comme lui, raconté auparavant une longue série de miracles variés par lesquels se trouve justifiée, au point de vue du narrateur, l'énumération que Jésus va faire de ses œuvres, a

1. où et o Epyduevos, érepoy rpocdoxduev; les termes de la question sont identiques dans Marru. 3, et Luc, 19, 20, si ce n’est que Luc remplace érepoy par &hAov (au moins dans le texte ordinaire, car N B L ont aussi £reooy dans Luc). Sur « celui qui vient », cf. Hésr. x. 37. L'emploi du mot « venant » comme désignation messianique se rattachait à différents textes de l'Ancien Testament, surtout au Ps. cxvinr.

cru devoir raconter l'exécution du message, afin d’y rattacher une notice qu’il suppose indispensable et qu'il tire visiblement des paroles mêmes du Christ. Dans le moment où les envoyés du Baptiste arrivèrent, Jésus aurait été en train de faire une grande quantité de miracles, guérissant plusieurs malades et possédés, accordant la vue à de nombreux aveugles!'. Le relief donné à ceux-ci tient à ce que les aveugles sont nommés d’abord dans la réponse du Sauveur. Il est clair que cette addition est surajoutée au texte de la source. Au point de vue littéraire, c’est une véritable interpolation. Et il n’est pas moins évident que, pour le fond, l’évangéliste ne puise pas ce renseignement dans une tradition quelconque, écrite ou orale, mais quil le suppose fourni par le discours de Jésus. Puisque le Sauveur dit aux messagers de raconter ce qu'ils ont vu et entendu, c’est donc qu’ils ont été témoins de certains miracles, et qu'ils en ont entendu raconter d’autres ; la première catégorie est la plus nombreuse ; elle comprend les guérisons d’aveugles, de malades et d’infirmes, qui correspondent plus ou moins aux lépreux et aux boiteux dont parle Jésus, de possédés, qui correspondent aux sourds-muets? ; restent seulement comme miracles connus par oui-dire les résurrections de morts, l’'évangéliste ayant pensé sans doute que Jésus n'avait jamais ressuscité plusieurs morts le même jour ; il n’aura pas voulu non plus insérer dans ce récit l’histoire du ressuscité de Naïn, ce qui aurait brisé tout à fait l'économie de la narration ; mais il l’a mise le plus près possible, de facon que ce miracle préliminaire complétât l’énumération de la notice. Histoire et notice attestent la même préoccu-

1. V. 21. ëv éxelvn t7 Gp é0epdmeucey mod )odc xd vécwv xaÙ mactiywv \ 4 + +

XOÙ RVEUUATWY TOVNOGY, xl Tuploïs roAoïc Éyaplouro Bhéretv. 2 CET 14

pation : elles forment le commentaire que Luc à voulu donner à la réponse de Jésus. Matthieu a entendu cette réponse de la même façon, mais la combinaison rédactionnelle qu'il avait adoptée le dispensait d’y ajouter une glose explicative. Toujours est-il que les deux évangélistes ont interprété la réponse du Sauveur comme un appel aux miracles qu'il avait faits, sans égard particulier à ce qui semble avoir été pour Jésus le principal, à savoir l’évangélisation des pauvres.

Si l’on suit leur pensée, Jésus aurait attiré l'attention de Jean sur les faits qui avaient provoqué sa demande et lui aurait présenté les miracles comme des œuvres messianiques, se référant implicitement aux prophéties anciennes, surtout au passage d’Isaïe! : « Alors les yeux des aveugles se dessilleront, et les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet prononcera des chants de joie. » Jésus aurait complété l’énumération pour l'adapter à ce qu'il a fait réellement, le prophète ne parlant pas de lépreux guéris ni de morts ressuscités. Il importe peu que les termes employés dans Isaïe soient symboliques ou non*, car la pensée de l'original ne fait pas loi pour son application dans la rédaction évangélique. Ni Matthieu ni Lucne les entendent de miracles spirituels, mais de faits sensibles. L’évangélisation des pauvres, annoncée pareillement dans Isaïe?, serait le seul trait d’ordre moral que Jésus introduirait dans la définition de son œuvre présente. L’association d'idées n’est pas très naturelle, quand même on admettrait, ce qui est vrai dans une large mesure, que Matthieu et Luc ont regardé les miracles d'ordre physique comme symbole des fruits spirituels de

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