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2. On n’a aucune raison d'y voir de pures métaphores. Cf. Duxx, Jesaia?, 223 ; Marri, 247.
DOUX Le
l'Évangile. Ce mélange d’allégorie peut faire l'unité du discours dans la pensée des évangélistes ; il ne se conçoit guère au point de vue historique et dans la bouche de Jésus, qui aurait pu parler en termes métaphoriques de son œuvre spirituelle, mais non pas envelopper dans une allégorie peu intelligible l’idée qu'il voulait suggérer à Jean. Le Sauveur ferait entendre au Baptiste que le règne de Dieu ne consiste pas seulement dans le jugement général et dans le triomphe des justes, mais qu'il doit être inauguré, selon que les prophètes l’ont annoncé, par les œuvres, miracles et prédication aux pauvres, que Jean n’a pas su reconnaître pour des preuves du Christ. Le règne de Dieu serait arrivé dès maintenant, et 1l faudrait s’en remettre au Père céleste pour l’accomplissement final. Jean, comme tout autre, aurait tort de contester à Jésus la qualité de Messie, sous prétexte qu’il n'amène pas incontinent la plénitude du règne messianique.
Le sens de cette conclusion n'est pas douteux. C’est un avertissement donné à un homme lrop préoccupé de la signification eschatologique du royaume : Jésus voudrait lui faire comprendre la réalité spirituelle, et néanmoins très messianique, de son action dans le présent. Mais le but même de la réponse invite à distinguer le sens que Jésus y a voulu mettre de celui que les évangélistes y ont trouvé. Que Jésus, à un moment quelconque de son ministère, se soit publiquement prévalu de ses miracles et qu'il ait allégué en témoignage de sa mission le grand nombre d’aveugles à qui il avait rendu la vue, de lépreux qu’il avait guéris, de morts qu'il avait ressuscités, c'est ce qui répugne autant à son attitude générale et à son caractère qu à la réalité des faits. L'embarras des évangélistes en présence de l’assertion relative aux morts ressuscités éclaire d’un jour tout particulier l’état de la tradition historique. Matthieu s’est contenté du cas
raconté dans Marc; Luc, supposant que ce fait était postérieur au message du Baptiste, en a cherché un autre et paraît avoir eu quelque peine à le découvrir. Les guérisons d’aveugles n’ont pas été non plus très nombreuses. Il est inconcevable que Jésus ait pu parler de pareils miracles comme étant les manifestations ordinaires de son activité. Ces prodiges ont été CR et Jésus a fait ce qui dépendait de lui pour qu'on ne les divulguât point !. Comme il ne se portait pas de lui-même à faire des miracles, il n’a pas dû les étaler, bien moins encore at-il pu les exagérer en les présentant comme des actes messianiques et des manifestations évidentes du règne de Dieu. Sans doute, quand on l’accuse de chasser les démons par Beelzeboul, il sait que répondre?; mais les gœuérisons de démoniaques sont des miracles d’un genre tout particulier, puisque l’ Évangile les conçoit comme des faits d'ordre spirituel. Jésus lui-même y voit une manifestation de la puissance divine, mais non un signe comme les pharisiens en demandent; et il est assez curieux qu'il n’en dise rien dans sa réponse à Jean. Ou bien cette réponse procède d’une tradition qui n'avait plus le sentiment juste soit de la place que les miracles avaient tenu dans le ministère de Jésus soit de la facon dont lui-mêmeles avait envisagés ; ou bien l’on aura pris de bonne heure à la lettre les métaphores dont Jésus s'était servi pour décrire son activité spirituelle en s'inspirant d’Isaïe. Cette dernière hypothèse est de beaucoup la plus vraisemblable, puisque le texte de la réponse a préexisté aux combinaisons rédactionnelles que les évangélistes ont cru devoir adopter pour la justifier, et que la tradition primitive ne se serait pas suscité d'embarras à elle-même en
1. Cf. Marc, v, 43 (Luc, vu, 56). Il n’y a pas lieu d’alléguer en sens contraire la mise en scène du miracle de Naïn, qui est due à l’évangéhste.