‹ Morceaux d'exégèseChapitre 27 sur 138 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

DIT le

cement du second Évangile, est faite assez librement, à ce qu'il semble, d’après l'hébreu. On lit dans l'original : « Voici que j'envoie mon messager, et il préparera la voie devant moi: et aussitôt viendra dans son palais le maitre que vous cherchez et l’ange de l’alliance que vous désirez!. » Cette citation paraît faite de mémoire; elle devait avoir dans la source la forme qu'elle a gardée dans Matthieu et dans Luc. On y applique à Jésus ce qui est dit de Dieu, et le messager qui prépare la voie du Seigneur se trouve être Jean, précurseur de Jésus- Messie. On peut douter que Jésus lui-même ait corrigé ainsi le texte de Malachie. En réalité, Jean n'avait été que l’avant-coureur du royaume; il était le héraut de Dieu plutôt que celui du Christ. En citant le texte dans sa teneur véritable, Jésus confirmait ce que Jean avait dit de sa propre mission; mais il n’a pas dû présenter Jean comme ayant tenu vis-à-vis de lui le rôle de précurseur, puisqu'il se serait ainsi désigné lui-même en public, très expressément, comme le Messie, et que l'attitude de Jean ne justifiait pas cette assertion. La tradition a pu modifier le texte prophétique afin de rapporter à la personne du Sauveur ce qui avait été dit relativement au royaume; peut-être même la citation vient-elle de la tradition et non de Jésus ?.

1. Le « maitre » ne peut être que Iahvé lui-même; le « messager de l'alliance » n’est pas précisément le Messie; cette formule inusitée doit se rapporter aussi à Dieu, quoique l’application ne soit pas exempte de difficulté, ou bien à l'ange de la communauté israélite (cf. Nowack, Die k. Propheten ?, 439).

2. La citation de Malachie pourrait sembler intercalée dans le discours de Jésus (Wexpr, ap. J. Weiss, 406), Marrx, 11 se rattachant sans difficulté à Matra. 9. Rien de plus facile à expliquer que l’addition de la prophétie. On pourrait même supposer (J. Wmss, Loc. cit.) qu’elle a été interpolée dans Luc d’après Matthieu, car D, au lieu de la présenter entre les vv. 26 et 28, rattache le v. 98 a (ôTt oùdeis ettwv ëv YEvvaTois YuvaxGv Toopñrns, lwavou toù Barriorod) au v. 26, amène la citalion (v. 27) et la fait suivre de 28 D (Ayo GÈ duiv, ôrt à puxporesoc

Les propositions quisuivent, surtout celles qui regardent le rapport de Jean avec le royaume céleste, ont un caractère didactique et sont à interpréter par elles-mêmes plutôt que par leur contexte. Latradition paraît les avoir marquées de son empreinte. Le royaume des cieux y semble identifié à la société chrétienne, et l’on a remarqué que c’est seulement dans ce passage que Jésusappelle Jean « Le Baptiste t ». La formule : « Depuis le temps de Jean le Baptiste jusqu’à maintenant », convient assez peu dans la bouche du Christ, qui n’a pas survécu longtemps à Jean et qui n’a guère pu parler comme si le royaume durait depuis des années, puisque généralement il l’annonce comme à venir.

Toujours est-il que la mission providentielle de Jean fait de lui le plus grand des hommes qui ont paru jusqu’à son temps, et d’après Luc le plus grand des prophètes ?. « Mais le plus petit dans le royaume est plus grand que lui. » Là est le mot capital du discours, et ce trait suffit à prouver que Jésus ne fait pas l’apologie de Jean-Baptiste ; il définit la mission du Précurseur par rapport au royaume des cieux. Si grand qu’ait été l’homme, si importante qu'ait

adroù êv +7 Basrhsiy rod Deoù peitwv adroÿ écrw). Toutefois Marru. 10 complète heureusement le v. 9, et un développement nouveau semble commencer avec le v. 11. Le mot roooñrns (D A etc., Ss.) paraît authentique dans Luc, 28, à lire : Aéyew duiv, mellwv ëv yevynroïs yuvatxüv TPOPÂrc lodvvou oùdele Ecru ‘0 DÈ puxpôrepos ëv 7 Bastheix «th. L'addition de adros dans D, après puxpôtecos tend peut-être à montrer le Christ dans ce plus petit qui est plus grand. Quoi qu'il en soit, Pomission de roogérne, dans NB etc., doit être pour la conformation avec Matthieu. Luc le premier peut avoir eu scrupule d'écrire que Jean était plus grand que tous les enfants des femmes, attendu que Jésus lui-même est né d'une femme. Matthieu avait pu l'écrire, parce que le reste du discours montrait que Jean était le plus grand des hommes qui avaient paru avant le royaume. La transposition de Luc, xvi, 16, donnerait à penser que l’évangéliste craignait autant de faire Jean trop grand que de l’exclure formellement du royaume ; c'est pourquoi il se sera borné à le désigner comme un homme supérieur à tous les anciens prophètes.

1. Wezcnausex, 94; cf. Wenxze. Die Reichsgoltesho/fnung, 44-45.

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