Cf. supr., p. 48, n
été l'œuvre en tant que préparatoire au règne de Dieu, Jean est au-dessous de quiconque appartient au royaume. Plusieurs commentateurs anciens, ne voulant pas mettre le Précurseur hors du royaume, ont pensé que « le plus petit » était Jésus lui-même. Saint Jérôme ! dit que Jean, comme tout autre juste vivant sur la terre, était moins grand qu’un saint jouissant du bonheur céleste. Mais le Christ est censé parler du royaume tel qu’il se réalise déjà par l'Évangile, on pourrait presque dire dans l’Église. Quiconque a recu la parole, tous les pauvres qui ont cru à la bonne nouvelle, candidats au royaume et déjà ses membres, quoique moins grands que Jean par la valeur et l’action personnelles, sont plus grands que Jean par le rapport qui les unit à Dieu. Puisque Jean n'a pas adhéré, comme eux, d’une foi simple et entière à l'Evangile et n’y a pas reconnu le commencement du royaume céleste, il peut bien être le plus grand des hommes, et même celui de tous qui a le plus contribué à préparer la voie de Dieu; mais, restant en dehors du royaume, il n’est rien dans le royaume. Une telle assertion détone au milieu de l'harmonie que la tradition a voulu établir entre la prédication de Jean et celle de Jésus; mais elle n’en correspond pas moins au rapport historique de l’une et de l’autre, elle sert à l’éclairer, montrant à la fois l'impression profonde que Jean avait faite en son temps sur le Sauveur lui-même et sur ses disciples, et l'indépendance réciproque de Jésus et du Baptiste en ce qui regarde leurs ministères respectifs.
La sentence qu'on lit ensuite dans Matthieu n’est pas très claire, bien qu’elle soit probablement dans le contexte que lui donnait la source. Luc paraît l’avoir transposée et abrégée de propos délibéré, quoiqu'il ait dû retenir l'ordre primitif des deux idées qui la composent, à savoir