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l’aboutissement à Jean de l’ancienne économie prophétique et l’état violent où se trouve actuellement le royaume. De ces deux idées, la première se relie tout naturellement à ce qui a été dit sur l’infériorité de Jean à l'égard des membres du royaume. Matthieu aura renversé l’économie du passage afin d'amener à la fin l'identification de Jean avec Elie; consciemment ou non il adoucit l’antithèse que Jésus établissait entre Jean et le royaume. Il n’est pas étonnant que Jean soit au-dessous de quiconque appartient au royaume, puisque luimême n'en est pas. Et en effet, la Loi et les Prophètes viennent jusqu à Jean ! ; Matthieudit : « ont prophétisé », il place même les nn avant la Loi?, parce que toute l’Écriture lui apparaît comme un oi de prédictions formelles ou typologiques; mais le sens primitif n’est pas précisément qu'il s’est fait jusqu’à Jean des prophéties que le royaume accomplit maintenant ; il s’agit de deux économies qui se succèdent, celle de la préparation du royaume, qui atteint son point culminant dans la personne de Jean, et celle du royaume, qui commence avec la préhenton de l'Évangile. « La Loi et les Prophètes jusqu’à Jean; depuis, le royaume ». Aussitôt que Jean a été emprisonné, Jésus a prèché l'Évangile, et l'Évangile est déjà le royaume.
Mais sur cette idée qui ne semble pas avoir entièrement satisfait les évangélistes, puisqu'ils l’ont atténuée, Matthieu en ne marquant pas la succession du royaume à l'économie ancienne, Luc en disant : « le royaume de Dieu est annoncé * », se greffe la remarque touchant l'état du royaume ; et cette remarque, où Luc a voulu voir la leçon principale du passage, pourrait avoir été com-
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prise diversement par les deux évangélistes. Elle ne semble avoir He son HéTeopPAat original que dans Matthieu. Luc n’en retient qu'une partie et paraît l’entendre de l’empressement avec lequel certains voudraient, pour ainsi dire, faire violence au royaume de Dieu en y prétendant sans en être dignes !, soit plutôt peut-être des violences exercées contre les disciples de l'Évangile. Le terme employé par Matthieu pour désigner les envahisseurs du royaume, « les violents ? », serait assez mal choisi s’il s'agissait de faire valoir l’énergie que réclament la pénitence et le renoncement évangéliques; il ne conviendrait guère mieux pour qualifier l’impatience de ceux qui SARA comme Jean, voir tout de suite venir la fin du monde. Si l'on a en vue les gens qui entrent dans le royaume, on ne leur attribue pas
1. Le mot fBriaterar peut se prendre au moyen et signifier l’irruption dans le royaume (cf. Ex. x1ix, 24, LXX), ou au passif et marquer la pression exercée sur ceux qui entrent, d’après xiv, 23. Ce dernier sens est peu vraisemblable. Mais le premier peut s'entendre d’une irruption hostile ou d’un empressement vers le royaume ; et cet empressement peut être conçu comme louable ou non. Aucune de ces trois interprétations n’est clairement exclue ni favorisée par le contexte. Comme l’évangéliste paraît vouloir combattre des gens qui ne comprendraient pas la véritable économie du salut, on peut choisir la dernière (cf. Luc, xi, 24) ; mais Luc peut aussi bien avoir pensé aux persécutions subies par les chrétiens.
2. V. 12. and Où rüv nuepov ’Todvvou rod Barriorod Ews dort h Bacthelu Tv oboav@v Builerar xai Biactai aondtovorv aurv. Les deux membres de ce v. se font équilibre ; il n’y a pas lieu de supposer que le premier serait dédoublé du v. 13 (Luc, xvi, 16 a) et quele second doitéquivaloir pour le sens à Luc, xvi, 16 b (Wernze, Synopt. Frage, 66).
On pouvait lire dans la source, après Marru. 7-9, 11 :
d vôtos xaù où rpopñrar méyot Iwdvvouand vrôre h Baorhela Tv oùpavov Bralerar, xot Brastai xomdCouov aThv.
Venait peut-être ensuite Marru. xx1, 28-33, que l’évangéliste aura
transposé el remplacé ici par les vv. 14-15; suivait enfin la parabole de x1, 16-19,
les sentiments de Jean, qui reste en dehors. Aucune de ces interprétations ne s'adapte au texte de Matthieu, et l'on peut même se demander jusqu’à quel point la première correspond à la pensée de Luc.
D’après le premier Évangile, « depuis les jours de Jean-Baptiste », c'est-à-dire depuis le temps de sa prédication, qui a pris fin par sa captivité, temps qui paraît déjà fort éloigné, depuis l’époque où Jean annonçait la venue du règne de Dieu et où ce règne a commencé, « le royaume des cieux est violenté, et des violents le prennent ». La violence en question ne peut être une qualité du royaume, mais un inconvénient qu'il subit. Le sens le plus naturel des mots serait peut-être que le royaume est violenté par des ennemis qui ne songent pas à en profiter et qui le dérobent, non pour en faire leur bien, mais en tant qu'ils empêchent les croyants d'en voir la pleine réalisation !. Ce qui détourne les exégètes de cette interprétation, c'est qu'on ne voit pas comment le royaume pouvait subir une violence réelle ni comment Jésus pouvait le dire violenté quand sa prédication ne rencontrait aucune difficulté. Mais le Christ appréciait-il la situation du royaume comme les historiens modernes apprécient la situation du Christ ? Est-il invraisemblable que Jésus ait expliqué l’état précaire du royaume dans le présent, et le retardement de sa manifestation, par l'espèce de contrainte que le monde extérieur, la force publique, les autorités constituées, du seul fait de leur existence, ne laissaient pas d'exercer sur le mouvement évangélique ? N’a-t-il pas pu dire que les
1. Cf. Dazman, 113-116. On ne peut fonder cette opinion sur l’araméen hypothétique auquel correspondrait notre texte grec. À plus forte raison ne doit-on pas alléguer en sens contraire l'hébreu de A. Rescu, II, 441. D’autres (ap. Horrzmanx, 237) ont vu dans les « violents » les pharisiens (Hilgenfeld, Paul), ou les hérétiques (Pfleiderer).
puissants du monde volaient le royaume aux croyants, parce qu'ils mettaient provisoirement obstacle à l’avènement du règne de justice ? N’était-il pas dans la nature du royaume d’être parfait, et, s’il ne l’était pas dès le début, n’était-ce pas à raison des circonstances au milieu des quelles il avait dû commencer ? Mieux vaudrait encore peutêtre se placer au point de vue des premiers chrétiens argumentant contre les Juifs, spécialement contre les sectateurs de Jean, et déclarant le royaume venu avec le Christ, mais entravé, comme la manifestation glorieuse du Sauveur lui-même, par la malice des hommes.
Si l’on ne veut pas que telle soit la pensée de l’évangéliste ni celle de Jésus, si l’on croit que ceux qui volent le royaume le prennent sans doute pour eux, rien ne fai-
sant entendre que la manifestation du royaume soit retardée par l’espèce de contrainte qu'il subit, on pourra dire que les « violents » sont ceux qui adhèrent à l Évangile ; mais ils ne sont pas définis ainsi pour être loués ! ou “bla més ? à raison de leur empressement. Jésus vise plutôt la qualité que les dispositions intérieures des personnes dont il parle. Le royaume est violenté parce que ce ne sont pas ceux qui semblaient y avoir droit et l’attendre qui s’en emparent*; ce sont des conquérants d'aventure qui le prennent, publicains et pécheresses, et qui ont l’air de voler ce qui revenait à d’autres ; ainsi le royaume est comme au pillage. Cette hypothèse semblera probable si l’on admet que la parabole des Deux fils, avec application au judaïsme officiel et aux pécheurs qui formaient la
1. Horrzmanx, loc. cit., soit qu'il s'agisse des efforts méritoires de la pénitence (Keil) ou des sacrifices extraordinaires accomplis pour l'Évangile, et de la foi qui anticipe l’accomplissement du royaume (Baldensperger, Wendt).
2. B. Weiss, Æ, 71, disposition des zélotes qui voudraient amener par la force la réalisation du royaume.