B. Weiss, Æ
Comme il avait utilisé la transition de Marc : « Et il parcourait les villages d’alentour en enseignant », en manière de préambule au récit transposé l, il n'avait plus de point d'attache pour la mission des apôtres et il n’en a point cherché. Dans Matthieu, la mission des apôtres inaugure la seconde partie de l'Evangile? : de même que la première partie ?, où le rédacteur a voulu donner une idée de l’enseignement et des miracles de Jésus, commence par le discours sur la montagne, la seconde partie, où il veut montrer les obstacles que rencontre le ministère du Sauveur, commence par un discours sur les conditions del’apostolat, obtenu par compilation de sentences que Marc et Luc reproduisent en partie ailleurs. Le procédé de composition est le même que dans le discours sur la montagne : on a groupé, d’après l’analogie de leur contenu, des enseignements qui ont été donnés en différentes circonstances. Les faits qui sont rapportés dans les deux chapitres suivants ont été présentés par les deux autres évangélistes comme antérieurs à la mission des apôtres.
Avant d'arriver à cette mission, Matthieu, tout en s’attachant à l'indication initiale de Marc, trace un tableau général de l’action exercée par Jésus, comme il a déjà fait pour amener le discours sur la montagne. Les traits principaux, jusqu'aux termes de la description, sont les mêmes de part et d’autre “ : Jésus part ou semble partir de Capharnaüm ; il parcourt la Galilée, prêchant dans les synagogues et opérant de nombreuses guérisons; une grande foule est attirée sur ses pas. Mais ici, au lieu de parler à la foule, le Sauveur signale aux disciples les besoins spirituels du peuple qui le suit, besoins auxquels doit subvenir la prédication apostolique. Jésus a pitié de
Cé1v, 19.
. IX, 39-xIV, 12.
… Chiv, 93; 1v, 9, et:ix, 39-36,
à À ND
la foule, comme dans Marc ‘ avant la première multiplication des pains. La comparaison de la foule avec des brebis sans berger se rencontre également dans ce passage du second Évangile, où le rédacteur du premier a pu la prendre?. L’épuisement du peuple, comparé à une brebis égarée qui tombe de fatigue, doit s'entendre sans doute au sens moral #. 11 est aisé de voir que le rédacteur a parlé de la foule pour rehausser l'importance du discours qu'il va reproduire et pour justifier la parole touchant l'abondance de la moisson, Si la comparaison des brebis et la métaphore de la moisson ne vont pas très bien ensemble, c’est que l’évangéliste a pris la première dans Marc, où elle se trouve dans un contexte mieux approprié, et qu’il l’a luimême subordonnée à la seconde, qui paraît avoir été le préambule de l’allocution aux disciples dans le recueil des discours.
Luc donne cette parole en tête du discours aux soixantedouze disciples, qui est en substance le discours que Matthieu fait adresser aux Douze, et qui correspond aussi à l’abrégé qu’on lit dans Marc. Ona supposéavec beaucoup de vraisemblance que le même discours avait été compris par Matthieu commeidentique au sommaire deMarc, et par Luc comme un discours distinct *. Il serait néanmoins possible que Luc, ou un rédacteur secondaire dont Luc pourrait dépendre, se soit abstenu délibérément de faire l’iden-
Pare
2. L'image vient de l'Ancien Testament. Cf. Nomsr. xxvir, 17 ; Éz. xxxiv, 9 ; Î Rois, xxx, 17.
3. V. 36. Ecran rept aûT@v, rt ouv écxvAwévor (harassés) xai Épuauévor (étendus) Doe TEOBATA UN ÉLOVTA ToumévE.
4. C’est ce qui résulte du contexte plutôt que du v. 36 ; mais on ne voit pas pourquoi le peuple qui arrive serait épuisé physiquement, et moins encore comment cet épuisement expliquerait ce que Jésus dit ensuite. L'évangéliste n'a pas dû vouloir dire que les missionnaires épargneraient au peuple la peine de se déranger ; et dans les « brebis sans berger » 1l voit certainement des hommes sans guides spirituels.
. Cf. Hozcrzmanw, 76; Werxze, 66.
tification naturelle et facile qui s’accomplit dans Matthieu. Le dédoublement du discours permettait de signaler une mission plus considérable que celle des Douze et mieux proportionnée par le nombre de ses représentants aux destinées universelles du christianisme. Or on ne voit pas que les soixante-dix ou soixante-douze disciples ! aient une autre signification. Le chiffre n’est pas traditionnel comme celui des douze apôtres ; s’il est certain que les Douze ne forment pas la totalité des disciples, ilest certain pareillement que le chiffre des disciples non apôtres n’a pas été ainsi réglé par un acte du Sauveur, déterminant exactement le cadre d’un second groupe de missionnaires. Douze était un chiffre voulu pour une raison symbolique, mais ce fut aussi un chiffre réel, et c’est bien le groupe des Douze qui a représenté l'Évangile de Jésus après la disparition du Maître. Soixante-dix ou soixante-douze est un chiffre purement symbolique, choisi pour le sens qu'on lui attribue ; par conséquent, le rapport que l’on a voulu établir entre ce total et celui des peuples énumérés au chapitre x de la Genèse doit être fondé ?. L'analogie des soixante-dix anciens qui assistaient Moïse a pu déterminer aussi le choix du nombre ?. 1l est assez inutile d’objecter que les Soixante-douze ne sont pas envoyés aux Gentils, mais seulement où Jésus lui-même doit aller : on ne pouvait pas, sans faire violence à une tradition certaine et
1. NAGL etc. ont soixante-dix ; B D, mss. it. Vulg. Ss. Sc. Diates. ont soixante-douze. Ce dernier chiffre paraît primitif ; il a été obtenu en multipliant six fois celui des apôtres, et ramené probablement à soixante-dix pour des raisons d’exégèse symbolique. Les Pères citent les soixante-dix membres de la famille de Jacob entrant en Egypte (Gen. xivi, 27), les soixante-dix anciens d'Ex. xvim, 21 RAIN UE Nomsr. x1, 16-28), les soixante-dix palmiers d'Élim (Ex. xv, 27). On était frappé de ce dernier rapport, parce que l'on trouvait mention, au même endroit, de douze sources où l’on reconnaissait les douze apôtres.
2. Quoique le total des peuples ne soit pas indiqué dans GE. x.