‹ Morceaux d'exégèseChapitre 39 sur 138 · Comme dans 1v · texte numérisé non relu

Comme dans 1v

symbolique appartienne à un premier rédacteur, et que l’'évangéliste ait été plutôt enclin à tout prendre à la lettre, en supposant que les Soixante-douze avaient été envoyés aux Juifs, comme les douze apôtres. Il semble peu croyable que la mise en scène ait été conçue uniquement en vue du discours, comme si les variantes qu'il présente relativement à Marc avaient suffi pour empêcher l'identification. Étant donnés les procédés ordinaires du dernier rédacteur, c’est bien plutôt le cadre qui aura empêché la fusion des discours, que la différence des discours qui aura créé le cadre.

Jésus est sur le chemin de Jérusalem ; il vient de prononcer des paroles qui marquent les conditions dans lesquelles on peut être son disciple et qui, au point de vue didactique, font un assez bon préambule au discours de mission. « Après cela ! », après les trois cas de vocation qui ont donné lieu aux paroles du Sauveur?, celui-ci « désigne soixante-douze autres » disciples. Un pareil choix à cette date serait fort extraordinaire, et ce qui l’est encore davantage, c’est le motif qui lui est assigné. Jésus se propose d'envoyer ces disciples deux par deux, « devant lui *», dans les endroits où il doit passer. On dirait des fourriers chargés de préparer les logements. C’est que, dans la perspective apparente, qui ne veut pas contredire l'histoire, il est inconcevable que Jésus, se rendant à Jérusalem pour y mourir, lance une mission bien plus importante que n'avait été celle des Douze, et l’on sait fort bien aussi que Jésus ne l’a pas fait. Il n’en est pas moins vrai que le discours détermine les règles de la prédication chrétienne, et que l’évangéliste se contredirait, si l’unité de sa pensée n'était préservée par la signifi-

1. V. 1. perd DÈ Taüra avéderéev © xüpros (D a seulement avédebey dé. Sc. c. omettent xüpoc) xxi (omis dans B L) étépous &63ouxovra [ôbo]. 2. Luc, 1x, 57-60.

3. xal améorerhev aûrous av Duo (cf. Marc, vi, 7) mod mooswmou auroÿ.

cation qu’il attribue aux Soixante-douze et à leur mission. Ils sont bien réellement les envoyés de Jésus, tous ces prédicateurs qui, à la suite de Paul, ont porté l'Évangile aux nations, comme les Douze l'avaient porté d’abord aux Juifs : et ils sont aussi les hérauts de Jésus, ils préparent son avènement glorieux, qui ne saurait tarder. Il est assez curieux que Luc ait voulu transposer ici ce que Marc dit des Douze envoyés deux à deux. Mais peut-être ce trait se trouvait-il dans la source où le discours a été pris d’abord, avec application aux Douze, comme dans Marc; Luc, ne voulant pas se répéter, l’aurait supprimé en copiant Marc, et gardé en suivant l’autre source.

Jésus donc dit, dans Matthieu aux Douze, dans Luc aux Soixante-douze, que la moisson est abondante et qu'il y a peu d'ouvriers !. Souvent, quand la récolte est müre et qu'il faut se hâter d'y mettre la faucille, les bras manquent pour exécuter le travail aussi promptement que l’on voudrait ?. Ainsi, au moment où Jésus parle il y a beaucoup à faire, parce que l’annonce du royaume doit être portée le plus tôt possible à tous ceux que regarde la promesse : dans Matthieu, le Sauveur est encore seul, dans Luc, il n’a encore avec lui que les Douze pour remplir cette mission. Luc aura jugé que « le peu d'ouvriers » convenait mieux pour désigner les Douze que par rapport à Jésus seul. Dans la réalité, toute réserve faite au sujet des soixante-douze disciples, la parole à été placée en tête du discours de mission parce qu'il y est question d’envoi, mais elle est sans rapport direct avec l’envoi effectif des Douze ou d’autres disciples *. C'est une réflexion de Jésus constatant que lui-

1. Marru. 37 (Luc, x, 2). 6 mèv Geotoude moduc, où dè Épyarar OXyor. 2. B. Weiss, E. 61.

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