Id. ibid
même et les quelques collaborateurs qui annoncçaient avec lui le royaume ne suffisent pas à la tâche. Il en faudrait davantage, et l'on doit prier Dieu qu’ilsuscite les vocations nécessaires. On peut donc croire que cette parole a été plutôt dite lorsque les apôtres prenaient déjà part à l’évangélisation et y avaient même obtenu un certain succès, mais avant le voyage de Judée et dans un temps où la prédication évangélique ne rencontrait pas encore de sérieux obstacles en Galilée. Il y aurait quelque subtilité à dire que les apôtres eux-mêmes sont les ouvriers qui doivent être envoyés, et que, priant le Père céleste de pourvoir aux nécessités de l’œuvre évangélique, ils se préparent à recevoir les secours de Dieu, qui les a appelés. Ceux à qui Jésus parle sont déjà ouvriers, ils sont le petit nombre de ceux quitravaillent dans le champ de Dieu, et ils n’ont pas besoin d’y être envoyés de nouveau. De même, on aurait probablement tort d’insister sur ce que la moisson est dite abondante, pour soutenir qu'elle n’est pas müûre !, parce que les dispositions du peuple ne sont pas ce qu'elles devraient être. Jésus ne semble pas envisager ici les obstacles moraux que rencontrerait déjà la prédication de l'Évangile, mais seulement l'urgence de pourvoir à cette prédication. S'il faisait quelque allusion à l’attitude présente de la foule, ce serait plutôt à son empressement qu'à sa résistance, et si la rénovation morale qui est la condition d'admissibilité au royaume de Dieu doit se heurter à des préjugés enracinés, à l’étroitesse des esprits et des cœurs, à l’obscurcissement des consciences et à la légèreté des caractères, il n’en est pas maintenant préoccupé. L'image de la moisson est si commune ?, et Jésus emploie si volontiers de telles figures, qu'on ne peut tirer de celle-ci aucune conclusion tou-
1. Scnanz, Matthaeus, 281. Jean, 1v, 39, l’a entendu tout autre-
ment.