‹ Morceaux d'exégèseChapitre 70 sur 138 · Jüucxer, Il · texte numérisé non relu

Jüucxer, Il

et la recommandation du courage était coordonnée seulement à cette dernière idée. Que les disciples parlent sans crainte comme leur Maître : leur existence et le triomphe de l'Évangile sont assurés à travers la mort !. Jésus n’a pu parler ainsi que dans les derniers temps de son ministère. On dirait que Luc s'aperçoit qu'il a dépassé la perspective historique du discours, et qu'il veut y rentrer en faisant dire au Sauveur : « Et je dis à vous, mes amis ? », ce qui précède n’ayant pas d’application pour eux.

Si les disciples ne peuvent attendre des hommes que la haine et la persécution, ils doivent savoir aussi que la puissance des persécuteurs ne va pas loin. Les hommes ont pouvoir sur le corps, mais ils n’atteignent pas l’âme. Dieu seul est le maître de l’âme et du corps; lui seul peut, au jour du jugement, les précipiter l’un et l’autre dans la damnation éternelle 3. Cette distinction si accentuée de l’âme et du corps a-t-elle déplu à Luc? Toujours est-il qu'il la supprime, et non sans intention. Au lieu de dire que les hommes ne peuvent tuer l’âme, il dit que les hommes ne peuvent rien de plus que tuer le corps; au lieu de dire que Dieu peut livrer l’âme et le corps au châtiment infernal, il dit que Dieu n’a pas seulement pouvoir de faire mourir, mais de jeter en enfer #. On

1. Le rapport au seul Évangile, prêché par Jésus et ses disciples dans des conditions obscures et qui le sera plus tard librement (Jürcuer, loc. cit.), serait une idée un peu abstraite. Il est bien plus probable que, dans la prévision, l'Évangile se confond avec son objet le royaume.

2. V. 4. Xéyw dè buiv voïc gllotc mov. Une reprise analogue a été signalée dans vi, 17. Cf. Le discours sur la montagne, 67-68.

3. Marrn. 28. xoi un pobeïohe amd Tv amoxtevvévrov td cou, Tv dÈ Doynv pin duvauévey amoxteivar” pobeiche Dè pE\AOY rdv duvauevoy xt Quyny xal couax arokéco Ev yesvvn (D. eic yéevvay).

4. V. 4. un po6n0nTe axd rôv amoxtevvévrwv rd ua xai er radra uw} Éxvruv negtasétepôy rt roñoo. 5... po6n0QTE Toy Lerd To droxTeivor ÉLOVTæ

+ & éfouctav Eubahetv els Thv Yéevvav…

est bien tenté de penser que Luc a corrigé les formules en vue d’une anthropologie et d’une eschatologie autres que celles de la source‘. Il n’a pas voulu dire que le mort, avant la résurrection, soit une âme sans corps, ni surtout laisser entendre que les pécheurs ne seront pas jetés en enfer avant le jugement dernier : l'individu, qu’il ne faut pas se représenter comme une ombre qui dort jusqu'à la résurrection, peut être jeté en enfer aussitôt qu'il a quitté ce monde. La même conception de la destinée d'outre-tombe se retrouvera dans la parabole de Lazare ? et dans la promesse de Jésus au bon larron *. Même dans la sphère limitée où s’exerce leur pouvoir, les hommes ne sont nuisibles qu’en la mesure permise par la Providence, à qui rien n'échappe. Pas un passereau ne périt. si ce n'est que Dieu le permette “. Pas un cheveu de ses serviteurs ne tombe sans sa volonté. Tout est compté par lui, c’est-à-dire que les moindres choses sont réglées par sa décision souveraine. Celui qui veille sur les passereaux veillera aussi, et à plus forte raison, sur ses fidèles serviteurs. Luc développe ces pensées en modifiant quelques détails de rédaction. Au lieu de dire qu'un passereau ne tombe pas à terre sans que le Père céleste s’en mêle, il emploie une formule moins précise : «pas un passereau n’est oublié devant Dieu 5 », c’est-à-dire par lui. « Devant Dieu » est une facon d’atténuer l’anthropomorphisme. « Dieu » remplace « votre Père », c'est-à-dire le « Père qui est aux cieux », locution que Luc semble éviter généralement, mais qui pourrait bien aussi n'être pas celle de la source. Jésus a pu employer le mot « Cieux »

. WERNLE, 72.

xVI, 29-93,

xx, 43.

. V. 29. äveu où ratpdc buüv.

. V6. xai Ev 87 adrov oùx Eottv émhsAnouévoy évomov toù Oeoù. Noter, chez les deux évangélistes, l'emploi d’une formule négative pour les passereaux, et positive : «cheveux comptés », pour les hommes.

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pour désigner Dieu : la tradition de Matthieu en fait « le Père aux cieux », et celle de Luc « Dieu » simplement t. Tandis que le premier Évangile fixe à un as ? le prix de deux passereaux, le troisième en fait donner cinq pour deux as. De part et d'autre on a voulu indiquer un prix insignifiant.

Il n'arrivera donc aux disciples que ce qui aura été voulu par un Dieu bon et miséricordieux. Les maux auxquels pourra les exposer la confession de leur foi ne sont rien en comparaison de la récompense qui les attend et que Jésus sera en état de leur assurer. Lorsque les prédicateurs de l'Évangile, ayant rempli fidèlement leur mission, comparaîtront, avec tout le genre humain, devant le juge suprême, qui est Dieu, non le Christ, ils auront un témoin qui répondra d'eux. De même qu’ils auront confessé leur foi en Jésus devant les juges de ce monde, Jésus les reconnaîtra pour siens devant le Juge éternel et témoignera qu'ils ont bien fait leur devoir. Mais malheur à celui qui aura renié Jésus comme Maître et Sauveur devant les hommes! Jésus à son tour le reniera comme disciple devant le Père céleste ?. Ici Luc “ nomme à la place du Père « les anges de Dieu », locution substituée sans doute à une autre moins claire qui désignait Dieu luimême *. Peut-être l'évangéliste a-t-il voulu représenter le Christ dans le rôle de juge et assisté par les anges.

Les réflexions qui suivent, dans Matthieu, touchant la division que l'Évangile introduit dans les familles et le renoncement absolu qu'il impose au vrai disciple, sont rapportées par Luc dans un autre contexte et n’ont pas

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