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La mention des membres de famille entre lesquels l Évangile introduit la discorde appelle, dans Matthieu, la sentence concernant le sacrifice que Jésus exige des siens en ce qui regarde la parenté. Cette sentence venait à part dans la source, suivie de celle qui concerne le renoncement personnel. Comme Luc se souvient qu'il a déjà reproduit celle-ci d’après Marc, pour atténuer la répétition, il en abrège la première partie, les mots : « et encore sa propre vie » !, résumant tout un verset de Matthieu ?, qu'il a jugé bon de transposer dans un discours sur le grand jugement *. Le rédacteur du troisième Évangile a voulu faire de ces sentences, réunies avec les deux paraboles de l’homme qui veut bâtir et du roi qui veut se battre, un discours sur le renoncement absolu que Jésus impose à ceux qui le suivent. Il paraît évident que l'introduction historique a été conçue en vue du discours, par un procédé logique des moins compliqués. Le discours traitant des conditions requises pour être disciple, pour « suivre » Jésus et « marcher derrière » lui, l’évangéliste suppose qu'une foule de gens marchaient derrière Jésus sur un chemin et que Jésus se retourne pour leur dire à quels sacrifices doivent consentir ceux qui veulent le suivre véritablement. La formule plus expressive et plus absolue : « Gelui qui ne haït pas son père “», peut être primitive relativement à : « Qui aime père et mère plus que moi. ? » En faisant la part du manque de précision inhérent au langage sémitique, ilreste, comme nuance caractéristique du troisième Évangile comparé au premier, le relief donné à l'obligation qui existe, pour quiconque veut être vraiment disciple de Jésus, de sacrifier toutes les affections et de
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rompre tous les liens de famille. Le mot « haïr » exprime positivement le peu de cas que l’on en doit faire lorsqu'il s’agit du royaume des cieux. Ce sacrifice est imposé à qui veut « suivre » Jésus, et il n’est dit aucunement que l’on puisse avoir, sans le « suivre », une part assurée dans le royaume. L’absolu du renoncement, de l° espérance et de la confiance en Dieu caractérise le début de l'Évangile. SiJésus insiste sur la nécessité de l’abnégation volontaire, au lieu de s'en tenir au point de vue des béatitudes, et s'il se met lui-même en avant, au lieu de parler seulement du royaume, c’est que les circonstances ont changé, que la préparation du royaume paraît maintenant plus laborieuse et que le Sauveur, pour effectuer le groupement des enfants du royaume, a besoin d'affirmer sa mission de chef du ralliement. L'expression adoucie de Matthieu : « Qui aime père ou mère plus que moi », se trouve mieux adaptée à la réalité de l'existence et à la condition commune des hommes. Si le monde doit durer, il est impossible de les soustraire en masse aux devoirs de famille et de société : on dira seulement que, pour avoir part aux bienfaits de l’ Évangile, on doit faire passer l'amour de Jésus avant toute tit terrestre, l'intérêt du salut avant les intérêts du monde.
Mais il ne suffit pas de renoncer à sa famille, il faut renoncer à soi-même et à sa propre vie, il faut porter la croix derrière Jésus, et sans doute comme lui. Bien que cette allusion au supplice du: crucifiement se soit trouvée dans Marc et dans le recueil de discours, on peut soupconner qu'elle a été ajoutée dans la tradition !, par manière de commentaire, à la déclaration touchant la nécessité de perdre sa vie dans le temps ne la gagner dans l'éternité. Le supplice de la croix n’était pas usité anciennement chez les Juifs, mais il avait été introduit par