‹ Morceaux d'exégèseChapitre 77 sur 138 · VJuyn — WD · texte numérisé non relu

VJuyn — WD

le plus grand qui se puisse concevoir. La vie éternelle appartient à ceux qui sont détachés de la vie temporelle. La mort éternelle attend ceux qui n’ont consulté que l'intérêt de leur vie en ce monde.

Marru. x, 40. « Qui vous reçoit me Luc, x, 16. « Qui vous reçoit, et qui me reçoit reçoit celui qui écoute m'écoute, et qui vous m'a envoyé. #1. Qui reçoit un prophète rejette me rejette; et qui à titre de prophète obtiendra récompense me rejette rejette celui qui de prophète, et qui reçoit un juste à m'a envoyé. » titre de juste obtiendra récompense de juste. 42. Et quiconque aura donné à boire seulement un verre d'eau fraîche à l’un-de ces petits, à titre de disciple, je vous (le) dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense. »

L'idée de la vie gagnée amène dans Matthieu la promesse de récompense qui sert de péroraison au discours sur l’apostolat : ceux qui accueilleront les prédicateurs de l'Évangile obligeront Jésus qui les envoie, et Dieu même qui envoie re Dieu paiera la dette de ses messagers. Marc à reproduit la même sentence dans un autre contexte !, qui ne semble pas primitif. C'était la conclusion du discours de mission dans la source commune de Matthieu et de Luc, puisqu'on la trouve, dans le troisième Évangile, à la fin du discours aux Soixante-douze?. Mais Luc paraît l'avoir retouchée, tant pour la différencier du passage parallèle qu'il avait déjà reproduit d'après Marc, que pour mieux l'adapter à l’ensemble du discours : comme il a insisté sur la prédication du royaume, au lieu de « recevoir », il dit « écouter », et comme le discours s'achève pour lui sur la perspective de l’incrédulité judaïque, il abandonne le développement positif de l’idée pour le développement négatif, expliquant en quelque façon le chà-

AU AC u (2 source commune devait présenter en substance Marrn. 1x, 37-

38; x, 5b-8a, 9-16, 23-25, 40 (Luc, x, 2-19, 16).

timent d’Israël par son incrédulité à l'égard de Jésus luimême !. La parole relative à ceux qui feront accueil aux missionnaires de l'Évangile ? venait assez naturellement après ce qui avait été dit de la conduite à tenir vis-à-vis de ceux qui les recevraient et de ceux quinelesrecevraient pas. Elle fait valoir l'honneur et surtout le mérite qui résultent pour les premiers de l’hospitalité donnée. Mais le sens du mot « recevoir » est plus large que dans le discours; il implique la reconnaissance de la mission des apôtres. Vu qu'on honore dans un envoyé la personne de celui qui l'envoie, Jésus considère comme fait pour luimême ce que l'on fait pour ses disciples; et ce que l’on fait pour Jésus est fait pour Dieu, dont Jésus est l’apôtre par excellence. Qui croit à la parole des disciples croit à celle de Jésus et au message de Dieu; qui honore les disciples honore Jésus et Dieu. Là est le motif de la récompense. Cette sentence aurait pu être tout aussi bien dite pour faire valoir l'autorité du témoignage apostolique et la solidarité de Jésus avec ses envoyés. Le discours-de mission, même dans sa forme la plus ancienne, était moins une allocution suivie qu’un recueil de sentences ayant trait à l’apostolat. | Matthieu fait ressortir l’idée de récompense en désignant d’autres personnes agréables à Dieu et en observant que l’on égalera leurs mérites si l’on a pour elles les égards qui conviennent. Tant pour le fond que pour la forme cette assertion est de l'évangéliste ? plutôt que de Jésus. Elle semble imitée de la sentence précédente et veut la compléter, mais elle en rétrécit beaucoup la signification et

1. V. 16. 6 axobwv duov éLod axduer, xal 0 aDerdv duès ÈuE aderei, xrA.

2, Marrn. 40. 6 deyôwevos dbuûc Eu déyero XTÀ.

3. Oude la tradition. WerwLe, 184, observe que Matthieu serait plutôt disposé à prémunir ses lecteurs contre les faux prophètes (vir, 15- 22), el que Marru. 41 peut avoir été dans la source sans être pour cela parole du Sauveur.

introduit, en ce qui concerne la mesure de récompense, une idée nouvelle, fort discutable si on voulait la prendre à la rigueur. Recevoir un prophète comme prophète n'est pas la même chose que recevoir un apôtre au nom de Jésus,

et mériter la faveur de Dieu parce qu’on reçoit son envoyé n'est pas la même chose que mériter au ciel la place du prophète à qui on a donné l'hospitalité sur la terre. En parlant des prophètes et des justes, Matthieu imite le langage de l’Ancien Testament, mais on avouera que Jésus lui-même n'aurait pu en viser les personnages sans tomber dans la théorie abstraite, et que l’évangéliste ne pense pas réellement à eux. Matthieu se représente les apôtres comme tenant maintenant la place des prophètes anciens ;

il connaît aussi, dans les communautés chrétiennes, des prophètes et de saints hommes qui prennent rang à côté des missionnaires ; il a voulu leur faire une place et, pour compléter son énumération, il est allé chercher dans Marc ! la parole sur le verre d’eau fraîche donné « aux petits ».

Par ce moyen, les principales catégories de chrétiens sont représentées : apôtres, prophètes, parfaits, simples fidèles. Celui qui recoit un prophète parce que c’est un prophète, un homme de Dieu, et non pour des raisons qui n’ont rien à voir avec sa qualité, « obtiendra récompense de prophète » ?, c'est-à-dire la même récompense que s’il était prophète lui-même. Celui qui reçoit un juste, c’est-à-dire un de ceux qui suivent l'idéal de perfection tracé par le Christ et dont la masse des croyants s’est montrée dès l’abord incapable, recevra récompense de juste, comme s’il était juste lui-même. La justice que l’évangéliste a en vue n’est pas celle des patriarches, mais bien celle qui « l'emporte sur la

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2. V. 41. pio0dv too ro Auberar. La promesse n’a de sens que par rapport à là récompense éternelle; par conséquent le rapport avec le principe énoncé au v. 10 (Horrzmanx, 236) est purement extérieur et accidentel.

justice des scribes et des pharisiens » !. Dans le premier cas, on peut dire que le mérite ne s'attache pas à la dignité de la fonction, mais à la manière dont on s’en acquitte : celui qui reçoit dignement le prophète accomplit son devoir aussi bien que le prophète fidèle à l'esprit qui l’éclaire. Dans le second cas, l'honneur rendu au juste prouve que l’on estime le type de sainteté que celui-ci représente ?, et que l’on souhaite au moins le réaliser soi-même dans la mesure du possible : rendre hommage au juste dans ces conditions, c’est déjà être juste en intention. Mais l’évangéliste, pour encourager ses lecteurs au devoir de l’hospitalité chrétienne, ne craint pas de mettre sur le même pied, en ce qui regarde la récompense, celui qui reçoit et celui qui est reçu. De même, celui qui aura offert un simple verre d'eau fraiche, bienfait appréciable surtout dans les pays chauds, à l’un de ces « petits » ?, c’est-à-dire au simple croyant, parce qu'il est disciple de l'Évangile, ne manquera pas sa récompense. Jésus, parlant aux Douze, ne les désigne pas sous le nom de « petits », et il n'y a pas lieu de dire qu’ils sont tels aux yeux du monde ou en comparaison des prophètes et des patriarches “, auxquels on n’a pas réellement songé. Le Sauveur est censé désigner aux apôtres les simples croyants qui sont dans la foule présente à l'entretien, et l’évangéliste pense au commun des chrétiens. Si Jésus ne dit pas que celui qui donne un verre d’eau à « ces petits » recevra « récompense de disciple », mais seulement qu'il ne sera pas « privé de récompense » *, c’est que telle est la teneur du texte dans Marc ; c’est aussi que la récompense du disciple est ici celle du petit, celle de tout le monde, et que ce ne serait rien

v, 20. Cf. Le discours sur la montagne, 43.

B. Weiss, Æ. 68.

V. 42.xaù 0ç &v notion Eva TOY pixpy ToûTwv xt. B. Weiss, loc, cit.

\ LA s où un AxOÀËGN Tdv pusbdv aUToÙ.

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promettre de particulier au croyant qui en recoit un autre que de lui garantir la récompense du simple fidèle. Arrivé au terme de sa progression descendante, Matthieu, pour conserver une prime à l’acte de bienfaisance, doit se contenter de dire que le bienfait ne sera pas perdu et que Dieu en tiendra compte; ou bien il s’attache à l’idée que Jésus exprime dans Marc, c'est-à-dire que Dieu saura gré de la moindre chose qui aura été faite pour les fidèles de l'Évangile, et il ne veut pas promettre récompense de disciples à des gens qui ne sont pas autrement gagnés à la foi. Etant donné que l’évangéliste a en vue ses lecteurs chrétiens, cette seconde hypothèse est la moins probable.

Marc, vi, 12. Ets’en étant allés, ils prêchèrent que l'on fit pénitence. 13. Et ils chassaient beaucoup de démons, et ils oignaient d'huile beaucoup de malades et les guéris-

Marra, x1, 1. Et il advint, lorsque Jésus eut fini de donner ses instructions à ses disciples, qu'il partit de là pour enseigner et prêcher dans leurs villes.

Luc, 1x, 6. Et s’en allant, ils parcoururent les villages, annonçant la bonne nouvelleet guérissant par-

. toul.

salent.

Le discours était si bien la chose capitale pour le rédacteur du premier Évangile qu'il a omis d’indiquer comment les apôtres se comportèrent dans leur tournée de prédication et quel en fut le fruit. Le récit continue comme si l’on avait tout dit sur cette mission. Ni le départ des apôtres ni leur retour ne sont mentionnés, en sorte que le voyage entrepris par le Sauveur dans les villes de Galilée doit être censé accompli en leur compagnie. En disant que Jésus prêchait dans « leurs villes », l’évangéliste n'entend point parler des villes que les apôtres avaient eux-mêmes visitées ou dont ils étaient originaires, mais les villes de la contrée où l’on se trouvait, les villes habitées par le peuple dont il a été question dans le préambule du discours !, les villes des Galiléens. Bien qu'il n'ait pas dit

que Jésus se fût retiré à l'écart, Matthieu le suppose !, parce que la montagne sur laquelle Marc conduit Jésus pour le choix des apôtres est à l’arrière-plan du discours de mission, et que l’évangéliste y a conduit aussi la foule, comme pour la première de ses grandes instructions. Montagne et auditoire sont présents à la pensée du narrateur; cest pourquoi on a lu d’abord que Jésus avait appelé à lui ses disciples, et on lit maintenant qu'il partit de là pour prècher dans « leurs villes », quoiqu’on eût pu croire qu'il ne s’en était pas éloigné. Il est fort possible que le recueil de Logia ne signalât pas le départ des apôtres, puisque Luc ne mentionne pas non plus le départ des Soixante-douze après le discours.

Marc a une conclusion qui se rapporte à la mission des Douze, et Luc l’a reproduite en l’abrégeant. Selon Marc, les apôtres s’en allèrent prêcher la pénitence ?, selon Luc, annoncer la bonne nouvelle *, en faisant de nombreuses guérisons que Marc partage en deux catégories, celles des possédés et celles des malades ordinaires. Luc entend les deux sous le terme général de « guérir ». Le second Évangile nous apprend que, pour les maladies communes, les apôtres pratiquaient des onctions d'huile #. Bien que de telles onctions fussent d’un fréquent usage dans la médecine antique, il ne s’agit pas ici d’une recette purement médicale, puisque l’on suppose les guérisons miraculeuses. Mais on ne saurait non plus regarder l'huile comme un pur symbole de la puissance surnaturelle qui se manifestait par l'intervention des apôtres *, car l'huile ne laisse pas d’être un moyen de guérison. Dans ce temps et dans ce milieu, l’idée de la médecine purement naturelle

x, 1, parallèle à Marc, 1v, 13 et vi, 7.

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