Horrzmaxx, 239, et plusieurs critiques contemporains
En
Luc, x, 23. Et se tournant vers ses disciples en particulier, il dit :
« Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! 24. Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, el ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »
(Marru. x, 16. « Mais heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent ! 17. Car je vous dis en vérité que beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »)
ILest évident que Luc veut orienter son lecteur et atténuer les changements qui se produisent dans la forme du discours : pour commencer, Jésus parlait à Dieu; puis il a fait une déclaration générale qui plane entre ciel et terre, sans être adressée à un auditoire déterminé; voici maintenant une apostrophe qui ne convient qu'à des témoins de sa vie, et plutôt à des témoins bienveillants. On suppose naturellement que ce sont les disciples. Dans la source et selon l'esprit de la rédaction primitive, la remarque de l’évangéliste n'était pas nécessaire ; Luc l’a faite peut-être parce qu’il sent vaguement que le discours précédent convient aux chrétiens de son temps, mais que la parole de félicitation n’a de sens que pour les disciples contemporains de Jésus !. Mais il est possible aussi que la formule de transition marque le passage d’une source à une autre, ou à un autre endroit de la même source. Toujours est-il que l'association des idées ne réclamait pas cette observation. Jésus a loué Dieu devant ses disciples ; ila déclaré en leur présence que tout lui a été donné par le Père, et que nul autre que lui ne connait le Père; sans doute aussi, nul autre que le Père ne connaît le Fils, mais on doit faire exception pour tous ceux à qui le Fils est venu révéler le Père et lui-même ; les disciples et tous les croyants sont de ce nombre. Selon sa significa-
1. C£. supr. p. 198, n. 4. Le xur’{ètav pourrait être un écho indirect de Marru. 28-30, passage omis par Luc, mais qui suppose que l'ensemble du discours ne s'adressait pas aux disciples (B. Wriss, Æ. 350).
tion première, la parole ne convient qu'aux disciples.
Luc a dû en abréger le texte. On peut, d’après Matthieu, conjecturer que le commencement se lisait ainsi formulé dans la source : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez, et les oreilles qui entendent ce que vous entendez! » Au lieu des « justes », Luc dit les « rois ! ». L'expression plus générale et plus exacte de Matthieu * pourrait bien être secondaire par rapport à l’autre, qui n’associe aux prophètes que les rois pieux, David, Ézéchias, Josias. Prophètes et rois ont désiré voir le jour du Seigneur, le règne messianique, et ceux qui voient et entendent Jésus assistent réellement à la venue du règne, par une faveur que n'ont pas eue ces grands amis de Dieu. Cette parole de Jésus pourrait bien être la seule que la rédaction originale des Logia mettait en rapport immédiat avec le retour des apôtres.
Marru. x1, 28. « Venez à moi, tous les fatigués et les chargés, et Je vous soulagerai, 29. Prenez mon joug sur vous et instruisez-vous près de moi, parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes ; 30. car mon joug est doux et mon fardeau léger. »
Ces paroles touchantes, qui font suite, dans Matthieu, à l'éloge de la révélation chrétienne, sont destinées à le compléter. Elles n'en sont pas le développement logique et elles s’y rattachent seulement par une certaine analogie de perspective. On admet volontiers que l’évangéliste les a trouvées dans le recueil des Logia. Il est vrai pourtant que l’on y discerne, comme dans le morceau précédent, quelque chose du discours attribué à Jésus ressuscité 5, qui semble appartenir à la dernière rédaction de Mat-