Jüuicuer, Il
3. V. 22. Plusieurs témoins omettent rayv devant #éevéyxare, peut-être parce que, entendant ce passage allégoriquement, on ne pensait pas que le péché dût être si vite pardonné (Jüricer, loc. cit.).
4. Interprétation chère à la tradition catholique, parce qu’on y voyait la restitution de l'innocence et de la grâce (cf. Conc. Trid., De Jjustif., cap. 1v, fin.). « Quae allegoria non satis convenit cum sensu literali..... Haec omnia quae hoc versu dicuntur, nihil mihi aliud significant, quam adolescentem illum in fili locum a patre repositum fuisse, ideoque servis imperatur, ut illi asservirent, ut vestirent, calcearentque et annulo insuper adornarent. Vestirent autem non qualibet veste, sed stola, id est talari toga, quae non servorum, sed nobilium habitus erat atque pretiosissima. » Marpoxar, Il, 265. L’explication allégorique est développée dans les Const. apost., II. * 41 (Resca, III, 425-427), où le mot doyaia prend la place de rowtn.
9. « Vitulum saginatum ipsum Christum omnes omnino auctores interpretantur... (Sententia) literalis, opinor, non est. » Marpoxar, II,
occasion de festin et de réjouissances ? L'enfant qui était mort est ressuscité ; il était perdu et le voilà retrouvé.
Le père expose les raisons de sa Joie, comme ont fait l’homme aux cent brebis et la femme aux dix drachmes : mais parce que la circonstance est plus importante, il emploie des termes plus solennels. Les deux épithèles « mort » et « perdu » sont à expliquer l'une par l’autre ; le fils était mort parce qu'il était perdu pour son père, non pas précisément en tant qu'il était tombé dans le péché ; il était mort pour les siens, descendu au dernier degré de la misère et de l’ignominie; il vit maintenant puisqu'il est retrouvé, puisqu'il est revenu, puisqu'il regrette le passé. Le père parle selon sa qualité, non pasen Juge des consciences, et moins encore en théologien. Il est vrai cependant que l'évangéliste a dù choisir les mots en vue de l’application religieuse et morale *.
Si la parabole finissait en cet endroit, elle serait exactement parallèle aux deux précédentes, mais elle contient une seconde partie qui ramène avec intention la conclusion de la première.
Le repas était commencé * lorsque le frère aîné, qui était aux champs, selon sa coutume, revint de sontravail. On voit que la famille n’est pas censée de très haute condition. Le père avait un bien qu'il exploitait avec son fils et ses esclaves. Comme le fils approchait de la maison, il entend le bruit de la lête. La musique et les dansesétaient l'accompagnement obligé d'un grand festin. Le père de famille
1. Jüuicuer, Il, 353. Il est possible que, dans le récit primitif, le père ait dit simplement : « Il était mort et il est ressuscité », et qu'on ait ajouté ensuite, pour l'harmonie avec les deux paraboles précédentes : « il était perdu et il est retrouvé » (J. Weiss, 527).
2. V. 24. xai foëavro edwoaiveshar n’est pas la conclusion de la première partie, mais le commencement de la seconde, le fond préparé pour la scène qu'on va décrire ; et’ si la seconde partie était suraJoutée, ce trait serait la transition ménagée entre la parabole primitive et l'appendice. Il a presque l’apparence d’une suture artificielle (cf. xvr, 26).
> jè L L2 « 156 MORCEAUX D EXÉGÈSE
s'était procuré un orchestre et des danseuses, afin de récréer ses convives pendant le repas. Le fils, avant d’entrer, veut savoir la cause de ce tapage inaccoutumé où il hésite à se risquer. Si l’on reçoit un grand personnage que l'on n’attendait pas, il n’est pas lui-même en costume présentable ; il a donc besoin de s'informer. Il appelle ! un serviteur qui le met au courant : son frère est revenu bien portant ; son père en a été si heureux qu'il a fait tuer le veau gras ; voilà pourquoi il y a grande fête au logis. L'esclave dit ce qui est arrivé, il ne se permet pas de juger la conduite du père ni de rappeler l’état du prodigue à son retour. Mais l’ainé se révolte : une fête pour ce misérable qui n’a pas craint d'abandonner sa famille, qui a mangé tout son bien! En vérité, il n'y a pas de quoi lui faire tant d'honneur. Et dans sa colère l’ainé ne veut pas entrer.
Le père, averti, vient le trouver dehors et l’invite ? à prendre part aux réjouissances. Il résiste, et une pointe de jalousie se trahit dans le vif reproche qu'il oppose aux prières qui lui sont faites. Depuis de longues années il sert * fidèlement son père et ne lui a donné'en aucune occasion le moindre sujet de mécontentement ; il n’en a Jamais été récompensé; on aurait pourtant bien pu lui laisser prendre de temps en temps un chevreau qu'il aurait mangé avec les jeunes gens de son âge. Aujourd'hui ce beau fils (l’ainé a soin de ne pas l'appeler son frère), qui a gaspillé honteusement le bien de son père dans les mauvais lieux, s’est avisé de revenir, et on le
1. V. 26. Au lieu de rt &v etn rate, le ms. D lit té 04)er voëro étvor (CF ACT AR T2)
2. V.28. rapexaet adrév ne signifie pas « il leconsolait », ou « il l’apaisait», mais « il l’invitait » à faire ce qu'on vient de dire que le fils ne voulait pas, c'est-à-dire à « entrer » (ef. Luc, vnr, 4; vin, 41).
3. Cf. Gex. xxx1, #1. L'expression doukeio oo: atteste le respecter non l'esprit mercenaire du fils aîné. Le témoignage de fidélité qu'il se rend ne marque pas d'orgueil.
traite comme un prince !. Ce serait à regretter de n'avoir pas fait comme lui. Inutile de se demander où l'aîné a pu être renseigné sur les désordres de son frère; il a pu l'être par la renommée, par des gens venus du pays où était le prodigue. Le père ne réprimande pas son fils pour l’amertume et l'injustice de ces propos, mais il lui représente avec douceur et affection le véritable état des choses : n'est-il pas l'héritier, celui à qui revient tout le patrimoine; peut-on avoir à lui donner quelque chose, puisque tout lui appartient, et faut-il qu'il porte envie au pauvre vagabond qui n’a plus rien? Si l’on se réjouit maintenant, c'est parce que le malheureux égaré, qui est son frère ?, a été amené à résipiscence ; un père ne pouvait être insensible au retour de son fils; il a fait ce quil fallait Ÿ en pareille circonstance, et le frère aussi, dont l'attitude contraste si douloureusement avec celle du père, doit prendre part à cette joie. Jamais l’ainé, sans doute, n’a été l’objet de pareille fête, mais c’est qu'il n’a pas été perdu.
On rejoint ainsi la conclusion des deux paraboles précédentes. Comme tout se rapporte à la joie causée au père de famille par le retour du fils prodigue, l'histoire n’est pas continuée ; on s’abstient de dire si le fils aînése rendit ou non à l'invitation de son père, et si le second répara dans une vieexemplaire les désordres de son passé. L'application du récit n’est pas indiquée, mais elle va de sot : tout le chapitre, dans la pensée de l’évangéliste, tend à justifier Jésus d’assembler les publicains et les pécheurs, parce qu'il y a grande joie au ciel pour leur conversion;
1. L'aîné parle du veau gras parce que le serviteur en a parlé ; 1l se plaindrait aussi bien qu'on ait mis la belle robe à son frère, s'il était instruit de ce détail. Jüricuer, Il, 355.
2, V. 32, o adeA96ç aou oùtos répond à 6 uidç cou oùtos, v. 30.
3, Il n'y a pas lieu de suppléer « Loi » ou « nous » après «il fallait » : la réjouissance était obligatoire ; c'est pourquoi le père est justifié de l'avoir voulue et le fils invité à s’y associer.
la parabole du Prodigue fait ressortir encore mieux cette conclusion que celles de la Brebis et de la Drachme perdues. Reste à savoir néanmoins si telle est l'intention primitive du récit.
L'unité de cette histoire a été contestée. Il est vrai que la parabole aurait un sens complet si elle se terminait à la réconciliation du père avec le prodigue, avant le retour du fils ainé ; la seconde partie se détache aisément de la première et a presque l’air d'un appendice. Mais il était superflu d’attribuer deux fils au père, si l'aîné n'avait aucun rôle à jouer dans le récit ; l’économie de la narration paraît fondée sur la conduite différente des deux fils et sur l’attitude du père et de l’ainé à l'égard du plus jeune. Il ne s’agit pas de montrer seulement la bonté de Dieu à l'égard des pécheurs, mais de faire voir comment ceux qui n'ont pas failli auraient tort de la blämer. Dieu est le père de tous les hommes ; il accueille le pécheur repentant comme un fils longtemps absent et perdu qui revient à la maison paternelle ; ses autres enfants, qui lui ont toujours été fidèles, ne doivent pas se plaindre d'une indulgence qui ne leur porte aucun préjudice, mais se réjouir plutôt de ce que leurs frères égarés sont rentrés dans la bonne voie et que la famille est complète. Ainsi la bonté de Dieu est expliquée par la première partie de la parabole et défendue au moyen de la seconde. La narration apparait suffisamment une, dominée par une seule idée, comme elle est d’une même couleur d’un . bout à l’autre. |
Il en serait autrement si la première partie devait illustrer les rapports de Jésus avec les pécheurs, et la seconde son attitude à l'égard des pharisiens ; dans ce cas il y aurait deux naraboles, avec une application différente pour chacune. Mais la comparaison n’associe pas: le père et Jésus, le prodigue et les publicains, l'aîné et les pharisiens ; elle associe le père et Dieu, le prodigue
et Le pécheur, l’ainé et le juste: à plus forte raison ne peutelle être tournée en une allégorie où l’on mettrait Jésus à la place du père, les publicains ou les Gentils à la place du prodigue, et les pharisiens à la place du fils aîné : la parabole n'est pas conçue comme une justification personnelle de Jésus contre des critiques malveillants, mais bien plutôt comme une explication de ses principes : révélation de la bonté divine, adressée à des auditeurs habitués à considérer Dieu comme Père.
Si la seconde partie avait été imaginée après coup contre les pharisiens. on ne ferait pas dire au père que tout l'héritage appartient au fils aîné, sans que le plus jeune ait rien à y prétendre. Selon le sens naturel du récit, Jésus combat plutôt les scrupules de ses disciples que les objections de ses adversaires !. On n’a pas le droit d’alléguer le préambule de Luc, déduit des paraboles par conjecture, comme‘un témoignage historique sur la circonstance où elles ont été prononcées. Les deux premières paraboles, considérées en elles-mêmes, ne sont pas non plus une apologie du Sauveur : elles montrent la joie que Dieu ressent de la conversion des pécheurs. Mais la recherche de la brebis ou de la drachme perdues y est un élément essentiel, tandis que le père du prodigue attend simplement son retour. La parabole du Prodigue n’enchérit pas sur les autres *, et bien que l’idée dominante soit la même, il est probable que non seulement elles n’a pas été dite dans la même occasion, mais que le groupement des trois paraboles vient de l’évangéliste *.