‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 16 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIÈRE. — LE TARTUFFE · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIÈRE. — LE TARTUFFE

que, plus tard, dans la partie historique, e’est-cà-dire conventionnelle, de ses illustrations.

Mais il retrouve tous ses moyens quand la violence est contenue; nous n’en Aoulons pour preuve que la Provocation et la Querelle. Les adversaires, dans ces deux compositions, ne vont pas jusqu’aux .voies de fait. On s’insulte, le bras tendu, on porte la main à la garde de l’épée et cela suffît amplement pour faire voir la rencontre inévitable, le duel acharné et peut-être la mort. Ces deux scènes sont traitées avec une force et une dignité singulières; reflet en est redoublé par un intéressant jeu de lumière. Le iond lumineux est placé au second plan, caché par les personnages qui se découpent ainsi en silhouettes. C’est un peu ce que nous avons déjà AUI dans le Festin royal et la Fêle de Loiweciennes.

Et l’efl'et est si plaisant à l’œil, donne de .telles ressources au dessinateur et au graveur, que Moreau ne craint pas de l’employer, quelques pages plus loin, dans une scène émouAuinte dans son humble simplicité. Julie est atteinte de la terri I)le maladie ({ui décimait alors la Cour et la aûIIc, et fut la terreur de la famille royale comme des familles bourgeoises : la Aariole. La jeune fîlle est étendue dans son lit où on la devine plus qu’on ne la AU)it, et Saint- Preux, à genoux, baise cette petite main, au contact dangereux, ([ui lui donnera son mal.

La composition, la lumière, les personnages, ces jeunes femmes dans le négligé de leur costume

d’intérieur, tout concourt à l’intérêt d’une vignette dont le sujet, en lui -même, est tragique, mais dont le charme d’exécution couvre les sous-entendus pénibles. Moreau le Jeune le savait bien ; il n’ignorait pas plus les ressources de son talent que la A'^aleur de ses œuvres. Jamais dessinateur ne fut plus habile et plus conscient de son habileté. Dans son beau temps, et c’est celui où nous sommes, il reproduira plusieurs fois les mêmes effets de lumière, mais avec les variantes d’une imagination encore féconde. Plus tard, dans la seconde partie de sa vie, ou plutôt de son talent, il s’en servira encore, mais sans conviction, comme d’un procédé de graveur que l’on a dans la main. Son Voltaire en offre des exemples multipliés ; mais le Voltaire appartient à un second artiste qui n’existait pas encore en 1774 se soupçonnait même pas.

Enfin, nous rencontrons, dans la première partie de la Nouvelle Héloïse^ une des scènes les plus célèbres du roman. Ce n’est pas que la composition et l’exécution aient la moindre supériorité sur les autres, mais l’épisode qu’elle indique plutôt qu’elle ne le représente, est un sujet galant. On sait, de reste, que la fortune de ces sujets est, toujours et par tous pays, assurée d’avance. « Saint-Preux, dit la légende de la gravure en premier état, sort de chez des femmes du monde où il avait été conduit sans le savoir. »

Le mot de « femmes du monde » a aujourd’hui une significalion bien opposée à celle qu’il avait

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