ŒUVRES DE MOLIERE. — PROLOGUE D’AMPHITRYON
alors. Il désignait des femmes galantes, dans le sens le plus cru, celui des femmes de tout le monde.
Rousseau, avec la franchise sans réserve qu’il mettra plus tard dans ses Confessions^ fait raconter par Saint-Preux à Julie, une aventure qu’un auteur moins philosophe, aurait eu la délicatesse de taire. Donc, Saint-Preux avait fait connaissance de quelques officiers aux Gardes qui, lassés de ses maximes A ertueuses, entreprennent de lui en démontrer la fragilité. Ils viennent l’inviter à souper chez la prétendue lemme d’un colonel, à qui sa réputation de sagesse aA^ait donné l’envie de le connaître. Il y A a, aA^ec ses amis, et la trouA^e entourée de jeunes femmes dont on devine la profession. On soupe ; la coiiA^ersation, d’abord sérieuse et contrainte, s’égaie et lait comprendre à Saint-Preux au milieu de quel inonde il se trouA^e et PaA^enture finit dans une orgie après laquelle, suffisamment éclairé et dégrisé, il s’enl’uit.
La AÛgnette de Moreau, aA-ee beaucoup de tact, ne met en scène que le dénouement, c’esl-à-dire la fuite. Saint-Preux descend l’escalier, reconduit par ses amis et les femmes chez lesquelles on l’a égaré. Ce groupe, où chacun rit ou plaisante l’homme A^ertueux, est traité aA^ec esprit et coiiA^enance ; libre à chacun d’imaginer ce qu’il a eut, derrière cette porte qui s’est ouverte devant un naïf et se referme sur un dégoûté. En cela se manifesle la délicatesse d'un monde qui aA ait pour maxime que tout peut se dire, à condition (|u’on sache le dire. Un pareil épisode.
à une autre époque ou en d’autres mains, fût devenu la scène brutale que nous connaissons de reste. Moreau s’est contenté d’en montrer la conclusion, avec un tact qui permet au lecteur, quel qu’il soit, de comprendre ou de ne pas comprendre.
La première partie de l’illustration de la ISoiwelle Héloïse appartient aux scènes de la ville, au séjour de Saint-Preux à Paris. La seconde s’ouvre sur son entrée au château où demeurent Julie et son mari. Le roman, désormais, se déroule à la campagne, dans ce château ou sur les bords du lac de Genève. L’arrivée de Saint- Preux donne lieu à une scène d’une rare audace. Nous sommes devant la grille d’entrée. La chaise de poste qui amène le voyageur, est arj'ètée et, j^cndant qu’ou décharge les bagages, Julie est accourue, suivie de sou mari. L’estampe nous la montre présentant les deux hommes l’iiii à Fauti'e. Le geste est charmant de pudeur et de délicatesse. Le talent de Moreau le Jeune a donné, encore une fois, la forme la plus spirituelle à une situation singulièrement équivoque. Rousseau, lui, n’en déguise pas Pelfronterie; il l’étale. Au moment où Julie aperçoit Saint-Preux, son ancien amant, elle s'élance et \ a se jeter dans ses bras ; une étreinte mutuelle les unit uu instant et le mari est là qui les regarde. Sans se troubler, elle prend la main de ramant et, se retournant a ers sou mari, lui dit avec ingénuité : <( Quoiqu’il soit mon ancien ami,
<( je UC vous le présente pas, je le reçois de vous et