MOREAU T.E JEUNE
(( ce n’est qu’lionoré de votre amitié, qu’il aura clésor- (( mais la mienne. »
Ce qui n’empêchera pas Saint-Preux, installé an château, un soir où la cousine de Julie, chantait avec elle un duo passionné de Léo, de lui déelarer son amour par un baiser « qu’elle sentit au cœur ». Scène nouvelle où Moreau le Jeune met, dans l’attitude des deux jeunes femmes, une candeur qui ferait croire à leur innoeence. Innocent, personne ne l’est dans ee roman, ni difficile non plus, sur les questions d’amour. Car, il est à remarquer que chacun y entretient de ses faiblesses ou de ses iniidélités, celui-là même à qui la plus simple dignité ordonnerait de le cacher.
Enfin, avant le tableau final de la mort de .Inlie, épisode tragique pour lecjuel le talent de Moreau ne semble pas fait, on rencontre deux paysages, la Tempête sur le lac de Genève et .Inlie se précipitant dans l’eau pour sauver son enfant. Ici, l’artiste ne prétend pas à la coideur locale. Cette barque qui aborde la rive, au risque de s’y briser, cette berge gazonnée et couronnée d’arbres, ces horizons de plaine égayés de villages, tout, jusqu’anx costumes parisiens des personnages, nous ramène bien loin de la Suisse, plus près de nous, aux environs mêmes de ce Paris, d’où Moreau le Jeune n’était guère sorti que pour aller à ProA ins. Mais la vérité du cadre ajoute peu de chose à l’émotion, ou plutôt, quand le cœur est touché, le décor ne compte pins.
Moreau le Jeune, malgré son admiration pour J. -J. Rousseau, ne l’a vu qu’à travers lui-même. Il n’a pas eompris, ou, tout au moins, n’a pas voulu exprimer la rudesse native de son auteur. De ses horizons abrupts, de ses hautes montagnes, il a lait des collines tempérées, comme de ses réalités parfois cyniques, il a fait de spirituelles fantaisies françaises. Tout s’est converti, sous son crayon, en compositions légères qui ne montrent, des inventions ou des enseignements du philosophe, que la Heur éphémère.
Les vignettes de YEmile accusent encore plus nettement ce parti pris d’aceommoder Rousseau aux idées parisiennes de 1774*
Lorsque Emile ou de VEdiication parut, il produisit l’elfet d’un paradoxe ou de la plus révolutionnaire des tliéories. Dès la première ligne de son traité, Rousseau posait en axiome que « Tout est bien, sortant des mains de Tanteur des choses : tout dégénère entre les mains de l’homme ». C’était déclarer son insuflîsaiicc et son erreur, à une caste raflince au point (juc la nature tonte simple lui paraissait grossière ; c’était lui dire que tout était à refaire, non seulement dans ses usages et dans ses lois, mais dans son esprit meme. Cette parole fut entendue et cpielqnc chose fut changé dans les idées admises sur l’éducation. Mais le temps n’était pas encore venu où ces théories devaient être réalisées par le fer et dans le sang. Au moment où elles