‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 19 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIÈRE. — L’AVARE · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIÈRE. — L’AVARE

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parurent, elles furent comprises, admirées, mais le monde auquel elles s’adressaient, était trop enraciné dans ses habitudes, pour que ce succès fût autre chose qu’jin succès de mode.

Moreau le Jeune comprenait d’autant mieux Rousseau que, comme lui, il était plébéien ; mais il était artiste en même temps, et, par là, aristocrate. Aussi les vignettes de VEmile portent-elles la trace de cette doul)le influence. L’admirateur de Rousseau célèbre avec conviction les bonheurs de ce retour à la nature ; il montre toutes les félicités de la famille nouvelle, la concorde inaltérable dans le ménage, la force et l’adresse chez l’enfant, et jusqu’au hasard heureux qui fera rencontrer au jeune homme la femme qu’il doit aimer. Mais, pour exprimer ces joies, pour évoquer ces tableaux, il n’a à son service que l’imagination la plus flne et le crayon le plus élégant. Aussi, les rudesses de VEmile prennent-elles, chez lui, l’aspect d’une éducation de théâtre.

Il faut excepter, cependant, la vignette qui ouvre le volume en nous offrant un tableau de la famille selon J. -J. Rousseau. Voilà le spectacle qu’elle présentera, quand le monde aura compris le philosophe et ses maximes. Les jeunes époux, à peine levés, sont assis à la table où ils viennent de prendre le frugal déjeuner du matin; ils se montrent l’un à l’autre leurs deux enfants s’ébattant sur le tapis, complètement nus, selon la loi de nature. C’est la paix et le bonheur conjugal, sans l’ombre d’un nuage. La com-

position en est parfaite ; elle rappelle, dans son inspiration, les Délices de la Maternité. On ne saurait rien imaginer de plus discrètement luxueux que cet intérieur : des trumeaux au-dessus de la porte sculptée, des meubles de la plus belle forme, un lit à baldaquin avec des oreillers de dentelles, et puis une jeune femme, en négligé d'intérieur, aA^ec un licliu et des manches garnies de broderies, un jeune époux vêtu comme un petit-maître, tels sont le décor et les personnages du retour à la nature. ()uelle iortune suppose donc un pareil intérieur ? Faudrait-il donc être riche pour mettre en pratique les théories du réformateur ? Est-ce renfant, non pas du peuple, mais de la bourgeoisie médiocre, qui est clcA é dans cette famille où le père n’est appelé loin de sa maison par aucune profession, ou même occupation ; où la mère, on le devine , a des serAÛteurs qui lui épargnent toutes les misères de la vie nécessiteuse ? L’artiste a-t-il voulu critiquer son maître? Ihi réalité, Moreau le ,leune n’a fait que le suivre, car enhn, à ia page suivante, n’est-il pas question, pour Emile., d’un gouverneur, gouverneur qui ressemblerait à Rousseau lui-même? Voilà le mot qui nous place dans le vrai monde de Y Emile. Moreau a bieji compris la pensée du maître.

Et la suite de ces compositions, continuée dans le même es])i*il, sera comme l’ironie de ce traité d’éducation. Les études à^Emile, ou plutôt de Monsieur le Chevalier, se poursuivent à la campagne, loin du

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